En politique la stratégie à court terme n’étant pas liée sur des valeurs mais sur l’opportunisme tactique repose toujours sur l’insincérité manifeste. Quand on analyse avec attention les propos des uns et des autres on détecte aisément leur ligne de conduite car derrière les mots il ya la réalité des arrière-pensées. Ainsi, dans le contexte actuel des finances publiques et les perspectives qui annoncent le pire, personne ne souhaite aller s’installer à Matignon.
Plus les leaders réclament que le poste de chef d’un gouvernement leur soit accordé, plus ils accréditent le fait qu’ils ne veulent absolument pas que le Président satisfasse leur ambition. Rien ne serait pire pour eux que d’avoir à gérer une situation insoluble sans altérer lourdement la popularité de celui qui la mène.
Jean-Luc Mélenchon avait par exemple revendiqué à cor et à cris la nécessité de lui donner une majorité pour qu’il puisse aller à Matignon. Dans une émission de France 2 en 2013 il avait déjà déclaré avec tout la certitude qui le caractérise : « je suis candidat à Matignon » pour « appliquer une autre politique ». Il avait ajouté pour que tout le monde comprenne : « Je n’ai jamais dit Matignon, pourquoi pas ? Je suis candidat à Matignon ! » .
Il avait remis le couvert en 2022 en déclarant : « « Il existe une possibilité pour les Français de renvoyer Madame Borne et de faire un autre choix. Le choix que j’incarne puisque, comme vous le savez, ma candidature au poste de Premier ministre a été présenté par l’ensemble des organisations qui participent à la Nouvelle union populaire, écologique et sociale. ».Il y avait eu bien d’autres déclarations enflammées de ce genre. Là, plus rien. Silence radio.
Au RN on se défile aussi après avoir réclamé une nomination pour Jordan Bardella a mis le frein à main. Les discours mettent en avant la nécessité de dissoudre d’abord l’Assemblée nationale et que le parti lepéniste obtienne une majorité absolue très improbable même si le contingent de ses députés serait renforcé. Le refus de Marine Le Pen d’occuper la fonction quitté par Bayrou car elle serait en situation de cohabitation, comme celui de Jordan Bardella de gouverner en majorité relative, traduisent la réalité. Ils feront le maximum pour surtout ne pas déménager dans l’Hôtel de tous les dangers. Rien ne serait pire qu’une décision du Président les plongeant dans les sables mouvants du budget.
Olivier Faure voyant que la place de candidat putatif à la direction d’un gouvernement était vacante, s’est précipité entraînant avec lui les troupes qui lui restent. Comme les autres il a joué au poker menteur. Il a annoncé « revendiquer le pouvoir » et « faire en sorte que [la] possibilité » d’un Premier ministre socialiste « existe ». Cette offre de service d’un « gouvernement de gauche » s’accompagne de la promesse de chercher des « compromis » avec les autres formations, « texte par texte ». Un programme qui n’avait aucune chance d’être retenu.
Aussitôt la droite se qualifiant de républicaine est montée au créneau pour mettre en garde le Président sur une telle décision. D’ailleurs tout le monde savait que ce dernier n’avait aucune intention de mettre en selle des socialistes qu’il exècre comme Faure et Boris Vallaud qui l’a remplacé à l’Élysée auprès de François Hollande. Le chef du PS tel le renard de la fable savait les raisins de Matignon inaccessibles. Le coup de téléphone du Robinson Crusoé élyséen lui a permis de sauver la face. Il avait existé durant quelques jours… et son objectif a été atteint.
Retailleau et Darmanin n’avaient qu’une peur c’est qu’on leur propose le job alors qu’ils espèrent bien rester au chaud dans leurs ministères respectifs. Une seule a tenté une percée avec la foi des novices. Yaël Braun-Pivet a cru que sa candidature au sacrifice serait appréciée à sa juste valeur avec un marchandage ultérieur sur son fauteuil au perchoir. Elle était la seule à être sincère dans ce jeu où tout le monde triche.
Pour masquer leur mauvaise volonté et surtout leur hantise d’avoir à assumer la faillite qui paraît se profiler avant le joli mois de mai 2026. Un ouf de soulagement a parcouru les états-majors quand Lecornu contraint et forcé a accepté de déménager du mess ministériel des Armées vers le restaurant de Matignon. Il aurait quitté dit-on l’Hôtel de Brienne avec des rations de survie sur vitaminées pour les missions dangereuses.
En attendant tout le monde a changé de registre puisque personne ne réclame sa place. Les uns veulent la destitution du Président qu’ils savent ne pas obtenir et les autres se replient sur la dissolution dont ils ne veulent pas davantage car elles les mettraient face à leurs divisions et leurs contradictions. Le leader socialiste a décidé de faire de la surenchère autour de la Palestine. Alors que vive encore longtemps la situation actuelle qui engraisse la défiance et tue la démocratie représentative.
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Cher Jean-Marie, comment ne pas approuver ton commentaire ? Parfaitement lucide et totalement pertinent. Tu as bien résumé l’impasse politique dans laquelle le pays se trouve. J’ajoute seulement que c’est le résultat du vote des Français lors des dernières législatives. D’ailleurs, Jérôme Fourquet vient de le résumer en disant que la tripartition à l’Assemblée nationale correspond beaucoup mieux à la réalité du corps électoral de l’époque qu’à la dualité droite-gauche qui a généré la Vè République. Cette dualité n’a plus vraiment de raison d’être puisque les deux grandes familles issues de la Révolution sont traversées de courants contradictoires, faisant douter de leur capacité à gouverner sans de nouvelles tensions. Tout cela finira un jour par se décanter, comme notre Histoire l’a montré. Quand ? Qui le sait ?
Matignon ou maquignon ?