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Des tutoiements révélateurs de l’esprit de la corporation politique

Dans les couloirs du pouvoir le tutoiement est ie courante. Lorsque Olivier Faure le socialiste désappointé par le manque d’intérêt que le Président lui a témoigné raconte l’appel téléphonique de celui qui se pense encore le maître des horloges, il insiste discrètement mais de manière répétitive sur le « tu » qu’il a utilisé pour répondre à son interlocuteur. Nous somme loin de la manière dont on concevait le statut du monarque républicain qu’est l’occupant de l’Elysée. La distance entre les femmes et els hommes politiques et celui qui incarne la France n’existe absolument pas. La nomination à Matignon de celui qui dit-on partage avec lui les meilleurs whiskies avec lui révèle une facette de la politique reposant sur la notion de clan. On tourne en rond dans un sérail où les liens dépassent les partis. Le constat n’est pas nouveau mais il devient omniprésent dans la situation où se trouve le pays.

On sait que François Mitterrand ne tutoyait très peu de personnes autour de lui. Et très rares sont celles et ceux qui sont en capacité d’affirmer qu’ils ont eux-mêmes pu se permettre d’utiliser « tu » à son égard. Dans les souvenirs de son entourage une anecdote illustre cette volonté de ne pas tomber dans la facilité. Serge Moati raconte que lorsque celui qui deviendra Président de la République arrive au Congrès d’Epinay alors qu’il  il n’est pas socialiste mais devient quand même le chef du parti, un militant lui demande alors « Camarade est-ce que je peux te tutoyer ? ». Il s(‘attire cette réponse : « comme vous voulez, monsieur. » Il a accordé ce privilège à un ou deux compagnons des camps de prisonniers ou de la résistance. C’étaient un honneur rarissime qui le plaçait au-dessus de tous les autres.

On oublie trop qu’Emmanuel Macron a effectué un passage formateur dans le palais présidentiel. Il a occupé de 2012 à 2014 le poste de secrétaire général adjoint du cabinet de François Hollande. Il a été remplacé après son départ à Bercy par un certain Boris Vallaud. Ils se sont croisés mais ne se vouent pas une affection particulière. Ils ne se supportent pas et d’ailleurs ils est certain que le coup de fil n’aurait pas été adressé au président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale. Le tutoiement entre les deux ne démonterait pas une estime réciproque. Le député des Landes lui doit cependant d’avoir obtenu le plus beau bureau du cabinet au second étage de l’Elysée que son prédécesseur aurait joué à pile ou face avec son collègue Revel.

Jamais élu pour un mandat local, départemental ou national, le Président actuel appartient vraiment à ce réseau des élites ayant damé le pion aux « politiques ». Il lui faut don se créer un réseau de « complicité » destiné à s’inclure dans ce milieu où il n’a aucun repère réel. C’est une manière de dominer et même parfois de mépriser car normalement dans sa fonction le retour est impossible. On tutoyant Olivier Faure il en a fait son complice et le socialiste n’en pas eu conscience. Mieux il s’en est vanté. La stratégie est souvent utilisée par Emmanuel Macron.

À Vladimir Poutine il a lancé un « je n’ai pas la même lecture que toi. » Au pape François  il avait lâché « je t’ai fatigué avec toutes ces histoires. » Ou plus récemment il aurait confié dire à Donald Trump  : « tu ne peux pas être faible. » Il semble avoir le tutoiement facile avec tous les dirigeants du monde entier comme très récemment avec Zelenski. . Un langage direct qui, selon les spécialistes des signes verbaux et non verbaux, n’est pas anodin et correspond à une envie irrépressible de se hisser au niveau des autres ou de les dominer. Imaginons de Gaulle tutoyant Churchill, Staline ou Roosevelt.

En fait la « professionnalisation » de la vie politique au plus haut niveau a conduit à la création d’une caste au sein de laquelle les rapports humains sont ceux de gens partageant dans le fond le même intérêt : conserver le pouvoir qu’on leur a donné ou qu’ils ont obtenu par obstination et calculs. C’es ainsi que s’est installée dans l’opinion publique la notion de « complicité », de « connivence », de « similitude » entre les différents responsables. Le fameux « ni…ni » macronien n’a pas arrangé cette perception du « tous pareils ».

La « corporation » politique constituée de quelques centaines de personnalités effectuant des aller-retours public privé, se baladant d’un ministère à l’autre , de postes de conseillers à ceux de dirigeants de grandes entreprises, se tutoie et partage bien des points communs dépassant la scène médiatique. L’affaire des deux journalistes de France Inter n’est qu’un épiphénomène. Il existe tellement d’autres rencontres de ce type… c’est un tempête dans un verre de whisky avec glaçons à la Buvette du Palais Bourbon !

Photo du bandeau la buvette du palais Bourbon 

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Cet article a 7 commentaires

  1. Hervé Mathurin

    Le style Macron est en effet déroutant pour une génération de politiques habituée à davantage de révérence. Cela étant, les connivences inter partis existaient aussi dans le monde ancien. On sait par exemple les liens qui unissaient Jacques Chaban-Delmas à François Mitterrand, ainsi que d’autres venus de la IVè République. Sans parler des liens de la Résistance qui perdurèrent longtemps. Quant à Mitterrand, s’il avait le tutoiement rare, il n’en poursuivait pas moins des rapports étroits avec des personnalités loin de sa famille politique, comme on l’a vu entre autres avec Bousquet ou Pelat. On ne parlait pas alors de caste mais de clan. Et je ne parle même pas de son souci de préserver sa deuxième famille… On pourrait aussi disserter longtemps sur les rapports de Giscard et Chirac, mais aussi Hollande avec la gent féminine. Reconnaissons que sur ce point, Macron n’a pas (encore) alimenté les réseaux sociaux. Transgresser les us et coutumes de la Vè suffit largement.

    1. J.J.

      « Reconnaissons que sur ce point, Macron n’a pas (encore) alimenté les réseaux sociaux. »
      Il est vrai que c’est fait depuis longtemps …

      1. Hervé Mathurin

        Vous avez une info sur son adultère supposée ?

        1. J.J.

          Je ne parle pas de ça, vous savez très bien ce que je veux dire.

          1. Hervé Mathurin

            Si c’est à propos de son épouse supposée transgenre, vous relayez une saloperie. Bravo.

  2. J.J.

    « le Président actuel appartient vraiment à ce réseau des élites ayant damé le pion aux « politiques. ». »
    Élites ? Vous avez dit élites ? Qui peut se vanter ou se faire attribuer le titre d’élite, sur quel critère objectif ? Un peu présomptueux.
    J’ai le tutoiement naturel, même avec des pas « tout à fait inconnus », disons, du « sérail que je fréquente ou ai fréquenté : collègues, membres d’associons et responsables des bureaux nationaux dans lesquels j’ai milité, des mouvements de jeunes auxquels j’ai participé(il y a bien longtemps) quelques fidèles lecteurs et intervenants de « Roue Libre » par exemple(je pense à notre ami Christian). Hors de ces cas je n’aime ni tutoyer ni être tutoyé.
    Il y a quelque temps, j’ai fait une commande sur le « net » et quelques jours après la livraison, j’ai reçu un message me demandant d’évaluer mon achat : ainsi rédigé :
    – « Que pense tu de ta commande ? ».
    Je suis un vieux machin, c’est vrai, mais je ne supporte pas cette familiarité de personnes inconnues et avec lesquelles je n’ai aucun lien. Bien que satisfait de mon emplette, je n’ai pas répondu. Na !

  3. faconjf

    Bonjour,
    la pantomime autour du tutoiement n’est que de pure forme. Dire «tu» ou dire «vous», telle est la question. On le sait, la Révolution française a pris à cœur d’abolir toute trace de monarchie et de notion de féodalité qui faisaient l’essence même de l’Ancien Régime. On cherche à transformer les rapports sociaux, notamment dans la langue. Du «monsieur/madame» on passe au «citoyen/citoyenne». On veut éradiquer le vouvoiement qui «éloigne les principes des vertus fraternelles», ainsi que le stipule un décret voté en 1793 pour rendre le tutoiement obligatoire. Et finalement, dans les années qui suivent, dès le Directoire en 1795, «monsieur», «madame» et le vouvoiement de politesse sont de retour. Il est de tradition républicaine que les députés se tutoient. Nous sommes maintenant bien loin de ces considérations historiques, ainsi le personnel merdiatique est souvent pris à son insu à tutoyer hors micro les politiques qu’ils sont censés mettre sur le gril. Le vouvoiement des députés devant les caméras relève de la rhétorique et de la stratégie de déstabilisation. Certains se souviendrons de Sarko lançant au journaliste Leclerc  » y-a combien de temps que tu étais au placard? », difficile de discerner la compassion forcée de la menace voilée.
    Le très catholique « il cornuto » porté sur les fonts baptismaux de la politique par Bruno col roulé , lui aussi très catholique, n’a pas fini de tutoyer les anges du capitalisme pour prendre ses ordres. Et tant pis pour le déficit budgétaire car le seul véritable dieu s’appelle pognon. Et c’est la même démarche que le caniche royal du palais méprisentiel servile larbin des ultras riches qui vient de le nommer à Matignon. L’hôtel matignon prend ces derniers jours l’aspect d’hôtel des maquignons, les marchandages autour des clans ne manqueront pas de bouses, l’odeur est d’ailleurs insupportable. Le dieu pognon ne risque pas de s’affoler, rien ne peut changer vraiment, les vertus fraternelles du dieu pognon l’emporteront.
    bonne journée

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