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Une pas si Belle Epoque que ça pour le septième livre

C’est désormais une famille nombreuse avec sept livres, tous différents les uns des autres et tous sortis d’un moment de folie au cours duquel naît une envie irrépressible de transmettre. L’annonce de la naissance dans la maternité « éditoriale » niortaise de La Geste du dernier venu me plonge dans une nouvelle frénésie, celle de trouver un nouveau lectorat. C’est un peu la même sensation que celle que j’éprouvais lorsque je pratiquais la course à pied sur route.

L’envie d’allonger la distance, de relever le défi des épreuves organisés, d’aller se confronter aux autres finit pas devenir omniprésente dans une vie. L’écriture reste une sorte d’entraînement, de préparation que seules les ventes et les retours de lecture placent à sa juste valeur. Contrairement à un article de presse (je les collectionne tous depuis 50 ans et j’en ai des milliers) qui mobilise l’esprit durant quelques heures, la rédaction d’un ouvrage contraint à s’immerger dans une histoire, de vivre avec elle et de se détacher du quotidien.

Le germe de ce bouquin a poussé sur le terreau des chaînes de télévision qui transforment notre présent en un foyer permanent de crimes de tous ordres, de violences toutes plus exceptionnelles les unes que les autres. Un ras-le-bol personnel de cette oppression angoissante générée par une accumulation répétitive d’événements dramatiques.

Cette médiatisation souvent outrancière menace même la démocratie. Elle justifie un sentiment d’insécurité qui conduit l’opinion dominante à se croire dans une société de voyous, de bandits, de terroristes, de violeurs… alors que ce ne sont que des faits exceptionnels érigés en généralités.

Lorsque l’on évoque les années de la période moderne, on trouve en trouve vite une présentée comme « heureuse » et « insouciante » loin des tracas que nous causerait celle que nous traversons depuis maintenant deux ou trois décennies. Elle fut tellement agréable qu’on l’a affublée du joli qualificatif de « Belle Époque ». La fête, la richesse, les amélioration sociales, la culture, la montée du progrès technique… : entre 1880 et 1914 la France se serait éclatée dans la quiétude collective. Le parisianisme triomphant transpire dans ce constat. Bref tout aurait été pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Dans la proximité de Créon, l’insécurité si j’en crois (difficilement) les réseaux sociaux l’insécurité actuelle serait très élevé. Chaque année les statistiques de la gendarmerie démontrent le contraire mais les commentaires du quotidien, les interprétations de la notion de délinquance, la propagande nationale, les déclarations politiques, l’exploitation des moindres incidents transformés en « sur-événements » installent un climat profitant aux extrêmes. Je me suis simplement posé la question : qu’en était-il à la Belle Époque ?

La plongée dans les archives de la presse écrite puisqu’elle était la seule à la fin du XIX° siècle à « informer » une faible partie de la populations sachant lire, m’a vite démontré que les actes criminels étaient plus nombreux, plus horribles mais avaient une place moins grande dans l’actualité nationale. Moins déformés, moins amplifiés, moins exploités ces « faits divers » traduisaient simplement la violence latente d’un milieu rural dans lequel l’alcoolisme, la misère, le mépris de la vie humaine étaient omniprésents. En trente ans, ce sont plus de trente crimes ou tentatives de meurtres ou d’assassinats qui ont été commis sur le créonnais. Effrayant !

Il fallait choisir. En reconstituant cinq enquêtes sous forme romanesque j’ai retrouvé les mêmes maux que ceux que nous prétendons êtres spécifiques à un changement de société. Une violence extrême, l’appât du gain facile, les filières de contrebande, l’opposition entre la gendarmerie et la police, le poids de la rumeur, les éditos vengeurs de la presse, une justice vécue comme laxiste (malgré des condamnations à mort en rafales), le manque de moyens d’enquête, le terrorisme, le poids des élus et celui de l’administration centrale : cinq affaires différentes et ces constats qui émergent.

Chaque livre que j’ai écrit appartient au monde réel même si inévitablement il contient une touche personnelle. Tous abordent un sujet qui avant d’essayer de plaire aux autres me préoccupe et que j’ai envie de partager.

Écrire un bouquin c’est suggérer, entraîner la lectrice ou le lecteur dans un autre monde, lui offrir un billet de voyageur de l’Histoire. J’essaie d’être en reportage permanent dans le passé à travers ce que j’ai vécu ou que les autres m’ont confié. Il n’y a pas de vérité à chercher. Il y a une quête, un cheminement, un compagnonnage à accepter.

Ce dernier « fils » tourne autour de la découverte d’une « Époque pas si belle que ça » avec une République balbutiante, des tentatives de coups d’État, une délinquance galopante, un taux de pauvreté exponentiel, des rivalités territoriales qui mèneront à la Grande Guerre, des réformes indispensables créant des révoltes puissantes, un antisémitisme institutionnel et une soif de répression dangereuse… Mon optimisme en a pris un coup !

La Belle Epoque du crime Editions La Geste. En vente dès le 10 septembre 

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Cet article a 5 commentaires

  1. faconjf

    Bonjour,
    revenons à notre époque moderne et policée comparée à la belle époque. Le choix des mots à toute son importance et dans un siècle comment les chercheurs analyseront notre époque ?
    Les journalopes sont à la manœuvre dans le « traitement  » des faits historiques qui se déroulent sous nos yeux.
    le choix des mots par les journalistes soumis et vendus prend tout son sens:
    – Génocide devient une Opération Militaire
    – Nettoyage Ethnique devient Plan de Relocalisation
    – Occupation devient Offensive
    – Colonisation devient Projet Immobilier
    – Crimes de Guerre devient Reconquête
    – Famine devient Crise de nourriture.
    A ce niveau c’est de la complicité plus du journalisme.
    Lire les journaux enfouis sous la poussière du temps quelle belle leçon d’histoire.
    Bonne journée

  2. J.J.

    « Les …chaînes de télévision qui transforment notre présent en un foyer permanent de crimes de tous ordres, de violences toutes plus exceptionnelles les unes que les autres. »
    Enfonçant des portes ouvertes, je dirais que c’est tout simplement un effet pervers de l’expansion des médias de tout poil : presse, télés, radio, résosocios, etc. Un événement tragique qui s’est déroulé en Belgique, dont personne n’aurait rien su à plus de 100 km à la ronde, est maintenant connu en bien moins de 24 heures au Pays Basque…
    À la supposée Belle Époque, des événements crapuleux de tout genre, tels que tu les décris n’avaient qu’un retentissement local, sauf faits exceptionnels que l’on trouvait décrits en long et en large dans une presse à sensation qui se limitait une peu au « Petit Journal », et qui souvent « en rajoutait »..
    Au plan local, ces évènements tragiques furent souvent connues par des « ballades » composées par des auteurs locaux, et qui étaient « colportées » dans les campagnes. On pouvait se les procurer dans les foires, en ce temps là, incontournables lieux de rencontre et évènements majeurs de la vie économique et sociale.

    1. J.J.

      facon jf @ Je serais plus mesuré dans mes condamnations, je considère l’attaque du 7 octobre comme un acte suicidaire (illégal, certes, mais les exactions de l’état israélien sont elles légales ?) épilogue de 80 ans d’occupation(en réalité, bien davantage), de vexations, de massacres délibérés, par un état fondé par des terroristes avérés « auto blanchis » et devenus des personnages politique se voulant respectés (Ben Gourion, par exemple) : assassinat du comte Bernadotte, l’envoyé de l’ONU, attentats terroristes(King David, Sémiramis à Jérusalem, etc. entre autres sinistres exemples, et pratiquement jamais reconnus comme tels par la communauté internationale).
      Qui a décidé que le Hamas était une organisation terroriste ? Jugements à deux vitesses. https://d3n8a8pro7vhmx.cloudfront.net/cjpme/pages/2244/attachments/original/1472156087/23-FR-Jewish-Terrorism-under-British-Mandate-v2.pdf?1472156087
      J’ai un texte écrit par un israélien, Illan Pappet, réfugié en Grande Bretagne qui date de quelques années, mais qui décrit parfaitement toutes les exactions israéliennes envers les palestiniens. Dommage, suite à quelques manœuvres plus ou moins terroristes, impossible de copier et et coller le lien, l’ouvrage est également introuvable en librairie. Curieux, non ?
      J.J. antisioniste et philosémite.

      1. facon jf

        @JJ je connais un peu les épisodes terroristes qui ont conduit à la création de l’état Israélien obtenu en chassant les Britanniques dans le sang et la douleur.
        Cependant je reste convaincu que le Hamas a été manipulé de bout en bout par la clique Sioniste qui n’a pas hésité à mitrailler et bombarder les malheureux otages Israéliens et le 7 octobre et par la suite à Gaza. Je condamne donc les exactions du 7 octobre qui sont une faute politique au plan humain et qui de plus ont ouvert la porte au désastre que nous connaissons depuis lors. Tout cela répond au dessein tragique de la constitution du Grand Israël encouragé par les sectes messianiques des U$A.
        Merci de bien vouloir m’accueillir dans votre club antisioniste et philosémite*.
        Pour préciser aux mal-comprenant * philosémite. (Celui) qui est favorable aux juifs, qui aime les juifs.
        Pour la sociologue Sylvaine Bulle, ce n’est pas «l’extrême droite» qui menace la démocratie d’Israël, mais bien le messianisme juif fait d’alliances droitistes et religieuses, parfaitement instrumentalisé par Nétanyahou aux dépens des partis sécularisés modérés. Sylvaine Bulle, est professeure de sociologie et membre du Laboratoire d’anthropologie politique (EHESS-CNRS). On peut aussi s’interroger sur le rôle trouble du Qatar soutien financier clé de l’organisation militante palestinienne Hamas, transférant plus de 1,8 milliard de dollars au Hamas au fil des ans. Détail troublant d’une part, le Qatar a établi des relations commerciales avec l’État d’Israël en 1996. Malgré le soutien du Qatar au Hamas et ses bonnes relations avec le Hezbollah, les dirigeants israéliens maintiennent un contact direct avec le gouvernement de l’émirat et d’autre part tous les transferts de fonds du Qatar vers Gaza se sont effectués via Tel-Aviv.
        Salut et fraternité

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