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Je suis moi-aussi un nomade qui aime les autres

Hier matin sur RTL dans la matinale j’entendais Erik Orsenna qui présentait son nouveau livre. « Voyage au pays des nomades » écrit avec l’un de ses « vieux copains » dit-il, Bernard Matussière photographe de grand talent, bouquin qui retrace les « découvertes » de l’un et de l’autre dans une « compétition » visant à rapporter chaque soir une rencontre. L’un l’a transcrite sur une feuille l’autre a réalisé des clichés. Les deux affichent la même passion, celle des « autres » quels qu’ils soient. Il appelle cette manière de vivre : « avoir le goût des autres » selon une expression de Bernard Pivot.

Orsenna effectue une comparaison avec la pêche à pied qu’il pratique. « On ne sait pas ce que l’on va trouver au bord de l’eau quand elle descend. Je suis passionnée par la réalité, la découverte. On faisait un championnat. On partait la journée et on se disait le soir ce que l’on avait chopé. Lui il avait pris des images et moi des récits, des musiques et tout autre chose…». C’est superbe comme méthode. C’est à contre courant de cette société de hérissons qui se replient sur leur jardin privé pour éviter le contact avec justement les autres, la peste, la contamination possible, la peur sous toutes ses formes. J’ai été ému en écoutant cet entre tien car j’en vis les mots et les actes.

Un tel livre est mon rêve secret. Extraire de vingt ans de chroniques de Roue Libre les dizaines de rencontres fortuites, toutes plus intéressantes les unes que les autres pour les insérer dans un bouquin qui leur donnerait l’éternité. Je reste en effet un fan, un passionné de la rencontre, des échanges, des partages. Quels qu’ils soient ! Je trouve dans chaque regard, chaque parole, chaque action une opportunité de m’étonner de la différence, de la diversité, de la qualité de celle ou celui qui est en face.

Toutes les vies sont des romans. Elles fleurent bon l’aventure avec des échecs ou ses réussites mais parfois il faut  aussi dénicher  les vers luisants qui en peuplent les nuits. Il est indispensable de prendre sur « son » temps pour mériter d’entrer dans ces mondes que votre interlocuteur croit sans intérêt mais qui pourtant sont authentiques, enchanteurs ou destructeurs. 

Orsenna explique avec beaucoup d’humour que ce qui pourrait le rendre déprimé « c’est de passer un week-end avec mon moi profond. Alors que ce sont les autres qui me nourrissent. Ma vie ça a été l’amitié, la confiance que l’on m’a faite. Ma vie c’est quand on m’a dit tu es plus que ça, tu es plus que tu crois. Et ça continue ». Il parle alors de coups de foudre « amicaux » qui partent d’un regard, d’un sourire, d’un geste, d’un mot. Il raconte la rencontre un gamin qui lui confie que c’était grâce à lui qu’il avait pris du plaisir à lire et qu’il a « chialé » en partageant ce moment. Je partage tellement cette émotion profonde et sincère. Elle me permet d’avancer et de survivre. 

Je n’aime pas trop les compliments institutionnels, les paroles reconnaissantes  mais souvent il m’est arrivé d’avoir les yeux embués par le propos amicaux d’un ancien élève ou par des mots simples laissés par des gens simples qui reviennent sur les instants partagés ordinaires. Je n’ai pas souvent été trahi par eux. J’ai chaque matin en allant au P’Tit Bar créonnais l’envie de rencontrer ceux que je crois connaître mais dont dans le fond je ne sais pas grand-chose. J’écoute. je relance. je plaisante. Je ris. Je conseille. Je regrette. En fait je reconstitue le tableau de leur existence par petites touches à la manière de ces peintres pointillistes le faisaient avec un paysage. Aucun jugement. Aucun recul. Aucun préjugé. Je prends avec intérêt  ce qu’il me donne et je le mets dans un panier à provisions pour nourrir ma curiosité.

Orsenna rêvait enfant d’être Rouletabille. Mois je m’imaginais en Georges Briquet parcourant les routes du Tour de France dans le sillage de ces pédaleurs courant après une gloire qui ne sera réservée en définitive qu’à un seul d’entre eux. Ma curiosité dépassait mon imagination. Je n’ai grandi que dans la curiosité, l’envie de savoir. Pas la science, pas les maths, pas les grandes Humanités qui sont toutes artificielles mais connaître et apprendre des autres. 

«  Je n’ai jamais tenu en place. Je dis à mes enfants l’année prochaine je me calme ! Et ce qui les fait encore plus rire c’est quand j’ajoute : cette fois ci c’est vrai ! ». Ces propos de l’écrivain me conviennent parfaitement. Il me résume. J’ai tout tenté. J’ai abandonné des mondes faciles où j’aurais pu rester au chaud pour aller en visiter d’autres que je croyais plus attirants et qui se sont révélés dangereux ou pourris. Personne ne m’en a empêché. J’en suis revenu plus lucide mais jamais déçu. Je me suis cassé la gueule. Je me suis relevé en voulant connaître qui ou ce qui m’avait fait trébucher. Il ne m’a jamais fallu voyager très loin pour être ailleurs dans un contexte me sortant de mon confort. 

Je ne suis vraiment bien qu’au milieu des autres. Mardi prochain je me rendrai par exemple avec gourmandise à Laluque dans les Landes (280 km aller-retour) pour simplement échanger avec une présidente d’association rencontrée lors du festival Nectarts. Après une rencontre mémoire à Saint-Ferme au moment de la dédicace des livres j’aurais tant aimé revoir celles et ceux qui m’ont confié une part de leur histoire. Peu d’entre eux me contacteront mais je guetterai mes mails avec l’espoir d’ouvrir un échange. J’apprends toujours des autres. Je leur dois tant.

« J’ai appris de la vie deux règles : les seuls vrais mercis sont réciproques et tout ce que vous ne donnez pas est perdu ». expliquait Orsenna. Mes frontières ont toujours été indéfinies. Je suis devenu grand avec un peu de tout ce que j’ai piqué chez les autres, de tout ce qu’ils m’ont apporté sans le savoir. Dans le fond j’aurais été moi- aussi un nomade ! J’en suis fier et heureux. 

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