Grâce à la mise en place du Club des parlementaires du vélo qui regroupe près d’une centaine de députés et sénateurs de toutes les sensibilités politiques, la situation en France des modes actifs de déplacement (marche, vélo, roller…) a été portée sur la place publique. Plusieurs débats ont eu lieu au Sénat et à l’Assemblée nationale sur divers amendements inspirés des positions que je défends comme Président du Club des Villes et Territoires cyclables. Ils auront révélé la réalité politique profonde des représentations nationales sur un sujet crucial pour l’avenir. Mépris pour les uns, railleries pour les autres, indifférence pour beaucoup et, pour une poignée, une vraie motivation lucide sur des propositions réalistes. Il semble qu’en France, contrairement à de plus en plus de pays dans le monde (les élus chinois étaient à Nice récemment pour… découvrir les aménagements cyclables), la culture du tout automobile soit tellement ancrée dans les esprits, qu’elle aveugle les décideurs sur l’urgence de propositions globales fortes sur des outils de déplacements alternatifs. La polémique enfle sur… le mariage pour tous ou sur les nationalisations, mais rien ne se passe vraiment autour de la surconsommation d’énergies fossiles non renouvelables.
Au cours des deux journées auxquelles j’ai été associé tant à Cahors (fin du programme européen Smooth autour des modes actifs de déplacement) qu’à Versailles (colloque sur la promotion de la marche), les constats sont les mêmes : nous avançons, mais au prix d’efforts opiniâtres d’élus locaux motivés, et sans le soutien réel des instances nationales. Au contraire, tergiversations administratives, atermoiements idéologiques, obstacles juridiques et surtout absence totale d’intérêt, contrarient les initiatives prises. Et le paradoxe c’est que tous les Ministres, d’une manière ou d’une autre, définissent des politiques pouvant utiliser cette autre vision de la société pour la réussite des objectifs qu’ils se sont fixés. Pas l’un d’entre eux ne peut s’offrir le luxe, en pleine crise, de changer les mentalités.
« Il nous faut d’urgence changer en citoyens des modes actifs de mobilité des consommateurs de modes passifs de déplacement » ai-je rappelé à Versailles avant que Georges Amar, sociologue talentueux, souligne que « tout, dans notre société était devenu mobile ». L’emploi, le travail, l’acte de communiquer, de se nourrir (ne mange-t-on pas en vitesse en marchant), l’accessibilité à la culture, l’éducation, l’économie… relèvent désormais d’une nouvelle donne sociale qui repose sur plus d’une quarantaine de mobilités différentes. Or nous confondons souvent vitesse imposée durablement et mobilité, alors qu’il faudrait associer différemment maîtrise du temps durable et autonomie responsable de construction de sa propre vie. Un changement total de paradigme se prépare et nous continuons à accumuler le retard dans cette conversion sociétale.
Les constats sont toujours les mêmes : nous courons vers l’abîme à la manière des rats rangés derrière le joueur de flûte. Nous manquons d’argent partout, nous constatons que les politiques antérieures, reposant sur la vitesse et la négation de l’importance sociale, économique, humaine de la proximité, ont échoué. Et on replâtre, pour ne pas engager des réformes des mentalités pourtant indispensables. Il ne s’agit pas de vanter les mérites d’une révolution culturelle réactionnaire voulant ramener les gens à une civilisation de la bougie, de la marche à pied, du troc et de la carriole à ânes, mais de manière plus réaliste, de penser autrement et surtout de combattre les effets néfastes de la surconsommation par des offres alternatives renforcées. Pour aller à Versailles, j’ai pris vers 5 heures du matin ma voiture pour aller à Libourne (parking gratuit et distance inférieure à un déplacement vers Bordeaux), une dizaine de minutes de marche pour aller à la gare ou j’ai pris le seul TGV qui, maintenant, s’arrête suffisamment tôt pour arriver à Paris avant la fin de matinée (cherchez l’erreur). Arrivé à Montparnasse, encore de la marche pour regagner le métro, puis le lieu de la réunion, avant de faire le trajet dans les mêmes circonstances et de la même manière pour monter dans le RER, aller à Versailles, marcher jusqu’à la Mairie, puis rebrousser chemin vers Créon dans exactement les mêmes conditions. A l’arrivée, 5 modes différents de déplacement qu’il faut assembler pour réussir sa mission. Sauf que cette réalité passe par autant de structures organisatrices de mon déplacement. Commune et conseil général pour les routes, ex-SNCF éclatée, RATP, STIF, et mon propre statut « d’humain mobile »… C’est la réalité qui aurait eu une tout autre allure avec voiture, avion, taxi dans les deux sens. Elle aurait été plus rapide ( ?) mais certainement pas acceptable économiquement, économiquement et écologiquement.
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Le vélo utilitaire est essentiellement un mode de déplacement urbain intra muros. En espace rural il s’agit principalement d’une activité de loisir (c’est bien pourquoi on ne voit des vélos la plupart du temps que le week-end – à l’exception des très jeunes qui n’ont pas encore le permis de conduire).
Quant à l’économie des énergies fossiles en ce qui concerne les déplacements, encore faudrait il que l’exemple vienne d’en haut. Un membre du gouvernement en déplacement à Bordeaux, c’est voiture officielle avec escorte jusqu’à Villacoublay, puis avion de l’ETAC
(http://fr.wikipedia.org/wiki/Escadron_de_transport,_d%27entra%C3%AEnement_et_de_calibration)
puis à nouveau véhicule officiel avec escorte jusqu’à destination. Quand on ne prend pas un jet privé au coût exhorbitant pour un déplacement anodin ou de confort (et ça continue sous la « présidence normale »).
Et je ne parle pas d’un déplacement présidentiel où le convoi d’escorte ne compte jamais moins de 20 véhicules.
Un préfet, c’est une C6 toutes options (60 000 euros) avec chauffeur, 3l de cylindrée et 12 l de conso aux 100 kms. Et encore bloque t’on un second chauffeur et une seconde C6 de remplacement, tout ça pour une seule personne.
Mais pourquoi se priver, c’est nous qui payons.
Alors, vous pensez bien que le vélo, c’est vraiment pas leur préoccupation essentielle.
Concernant votre périple à Versailles, si je peux me permettre un peu d’humour, Créon était jadis desservie par le train, les fameuses VFIL. Mais ironie du sort qui s’acharne sur vous, aujourd’hui, vous le savez, la voie ferrée a été reconvertie… en piste cyclable (très agréable au demeurant), la gare de Créon étant devenue de son côté un station vélo des plus accueillantes et accessoirement un espace de culture (la Piste sous les Étoiles). Donc pour rejoindre la gare la plus proche encore en activité, Libourne ou Bordeaux, il ne vous reste que le bus (si vous être patient vu leur rareté), la voiture ou le vélo. Mais dans ce dernier cas, compte tenu de l’irresponsabilité parfois criminelle d’un certain nombre d’automobilistes, il faut soit être excessivement téméraire, soit complètement inconscient.
Je vous souhaite un bon week-end mais, vu le temps, on ne trouvera pas beaucoup de vélos sur nos routes champêtres.