La dernière ligne droite vers les municipales sera très pénible !

La réception offerte par les sénateurs girondins aux Maires de leur département à l’occasion du 95ème Congrès n’a pas recueilli l’affluence habituelle. La crise? Certainement pas. Par contre, il faut y voir une certaine lassitude des élus municipaux qui arrivent au bout de leur mandat. Et toutes options politiques confondues, ils perdent jour après jour de leur motivation. C’est palpable. Ils seront d’ailleurs très nombreux à passer la main dans un an et demi. Ce sera la fin d’un cycle pour au moins un tiers d’entre eux, élus depuis les années 80 et qui ne trouvent plus leur compte dans une fonction attaquée de toutes parts. La montée en puissance de l’intercommunalité leur a ôté une bonne part de leurs initiatives. Durant des années, les plus entreprenants avaient, dans le domaine de la petite enfance et de la jeunesse, dans celui de la culture, des sports, des liens sociaux, pris des initiatives valorisantes. Les voici tributaires de compétences communautaires nécessitant des négociations avec des élus non motivés, et parfois indifférents à ces secteurs d’activité. Les usines à gaz communautaires que le gouvernement veut renforcer, sans se rendre compte qu’elles dénaturent la vie locale de proximité, au nom d’une fausse rationalisation  de la vie publique, deviennent ingérables. Les Maires pris dans cet étau de conseils hétéroclites, sans ligne politique véritable, lâchent prise. Multiplication des commissions, des réunions, des conflits stériles, et la tendance au repli s’intensifie. Le vrai bilan virera dans l’avenir à la catastrophe démocratique, surtout si l’élection des conseillers communautaires s’effectue au suffrage universel, transformant ce qui n’est qu’un outil de gouvernance en collectivité territoriale à part entière. Ils ne digèrent toujours pas la réforme territoriale sarkoziste qui les a plongés dans les difficultés financières.

Encore aujourd’hui, les entrepreneurs les rendent responsables des conséquences de la suppression absurde et strictement électoraliste de la taxe professionnelle. Le milieu économique, plutôt proche de l’UMP que de ceux qui avaient condamné cette foucade irrationnelle de l’ex-Président de la République, s’aperçoit tout à coup, après les présidentielles où il a applaudi une mesure « salutaire », que 3 taxes ont été substituées à la TP. Et, bien évidemment, ce sont les Maires qui sont attaqués, car ce sont eux qui fixent les taux de la Contribution Foncière des Entreprises (CFE), la contribution sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), et pour les surfaces commerciales la TASCOM; La TP était soit-disant injuste, et maintenant elle est remplacée par 3 taxes encore plus injustes, et la situation de l’emploi, au lieu d’être améliorée, s’en trouve pénalisée. Les Maires sont lassés d’être les boucs-émissaires de ces décisions venues d’en haut qui ont déstructuré tout le financement local et qui les empêchent d’investir au profit de l’aménagement structuré des territoires. Ils ne croient plus en rien ou au moins plus en grand chose. Et le gouvernement actuel ne fait rien pour les rassurer, à moins que François Hollande, sur trois sujets, redonne un sens aux réformes qui reprennent.

Revoir d’urgence et courageusement la fiscalité locale désuète, injuste et inefficace doit par exemple devenir le pendant de l’acte 3 de la décentralisation. La réforme des rythmes scolaires ne doit être mise en oeuvre qu’après une redéfinition complète des objectifs et des méthodes pédagogiques utilisées dans les écoles. Elle sera totalement inutile dans l’hypothèse où elle viendrait avant cet acte refondateur de l’enseignement primaire. Les Maires vont assumer une responsabilité supplémentaire qui jusqu’alors appartenant à l’État. Enfin, ils croulent sous les contestations d’une société qui n’admet plus le bien-fondé de l’intérêt général, en lui préférant la coalition d’intérêts particuliers. La réhabilitation de la valeur du suffrage universel devient une urgence absolue. Sauf à être aveugle, on ne peut que constater que les conseils municipaux, aussi démocratiques soient-ils, n’ont quasiment plus de pouvoir réel, coincés entre des décisions imposées par l’État, ses normes et ses règles venant de l’Europe, les multiples structures intercommunales et des restrictions budgétaires prégnantes.

Si l’on ajoute que les actifs traversent des moments professionnels difficiles dans tous les secteurs, que la vie familiale exige encore plus de présence, il faut admettre que la lassitude gagne les rangs. C’est indéniable! Les conseils municipaux s’étiolent et se délitent à quelques mois de nouvelles élections. Certes, dans les grandes villes, le renouvellement par les affrontements politiques sera aisé car la proportionnelle n’induit de risques personnels que pour la tête de liste, mais ailleurs il en ira autrement. C’était sensible au Sénat, où la morosité avait envahi les salons.

 

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Cet article a 2 commentaires

  1. florence

    S’investir en tant qu’élu était plus qu’un acte citoyen. C’était enrichissant et cela ouvrait la discussion pour tous et avec tous. On pouvait construire ensemble pour notre commune. Aujourd’hui, même en qu’en que simple élu, on nous critique et on nous accuse de profiter de notre statut au détrimant de ceux qui nous ont fait confiance en votant pour nous. C’est déprimant mais il ne faut pas baisser les bras, il y a encore des tas de choses à faire. Le chemin de la citoyenneté est long et tortueux; en se donnant la main on peut le parcourir! Bonne journée

  2. Cubitus

    Que ça me fait plaisir de lire sous la plume d’un élu que l’intercommunalité est une vraie usine à gaz. Car ce qui caractérise un nombre significatif d’EPCI, c’est opacité, redondance, obsolescence, luttes d’influence.

    Gironde : 542 communes, 339 EPCI !!!

    Dans un certain nombre de cas, une gabegie qui coûte très cher au contribuable. Une remise à plat précédée d’un audit s’impose de toute urgence.

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