La gouvernement sort de l'ornière au milieu de la guérilla

Plonger dans les milieux du pouvoir central, c’est à dire dans l’environnement gouvernemental, c’est prendre le risque d’être emporté par les remous qui ne cessent d’agiter ce qui n’est plus un fleuve tranquille. Ce n’est rien d’écrire qu’il règne un climat difficile actuellement au coeur du secteur Ayrault. L’ambiance est à la fois électrique et angoissante. D’abord parce que la légitimité même des gens en place est en permanence remise en cause par tout ce que la Droite plus ou moins républicaine compte comme forces visibles et invisibles. Des fonctionnaires enracinés dans les Ministères ou sur les territoires  ne se pressent vraiment pas pour inverser le cours de l’Histoire qu’ils ont écrite avec les ouailles de Sarkozy.  » Tu vois me soufflait durant une réunion, un ami très ancien, dans les instances où je siège, ce cadre a connu pas moins de 5 ministres successifs issus de l’UMP. Il continue sur sa lancée et personne n’est en mesure de l’arrêter. Ce n’est pas de sa faute, car il n’a pas connu d’autres politiques que celles reposant sur la privatisation à outrance, l’indulgence à l’égard du profit et le mépris pour les élus locaux ». Le constat est lucide, car il est évident que l’on sent bien que rien n’a véritablement muté, six mois après l’arrivée de la Gauche. Tout le monde entre dans son trou de souris sous le feu nourri des médias majoritaires, des lobbies financiers, économiques ou idéologiques… Les menaces sont incessantes : on attend chaque matin les révélations du Figaro sur les états d’âme de Bercy, dévoilées sous leur côté négatif, et on courbe l’échine sous le poids des penseurs inspirés.

En fait, à l’Assemblée nationale, lors de chaque session télévisée (que se passerait-il si on supprimait les caméras?) la vindicte, l’injure même parfois, dénotent simplement que la Droite considère qu’elle a été victime d’une injustice du suffrage universel, car elle avait tellement bien travaillé durant dix ans que le pouvoir devait lui revenir !  » En 81, ils avaient admis la défaite de Giscard car certains avaient tout fait pour qu’il en soit ainsi. En 2012, ils ont une tout autre attitude, car c’est leur idole qui a  été renvoyé. Ils ne l’ont pas digéré. Ils droitisent à mort le discours, et on retrouve le même climat que celui qu’il y a eu contre le Front Populaire. Les mots contre Ayrault sont les mêmes que ceux qui étaient adressés, surtout en cette période de rivalité Copé-Fillon, à Léon Blum » expliquait ce matin un spécialiste des sondages, effectuant une analyse du contexte de la chute des ténors de l’exécutif. Ce sentiment est renforcé par les positions extérieures venant d’Allemagne, du FMI, de Londres, qui ne cessent de prendre position sur la gouvernance française afin de se dédouaner sur leur propre politique. Si par hasard la France réussissait à éviter la récession, sans mesure d’austérité fracassante, leur légitimité serait mise en péril. La conjonction de ces critiques réputées crédibles alors qu’elles ne sont qu’intéressées met sans cesse les réformes promises en danger ! Le péril réside dans cette incapacité qu’a la majorité du gouvernement à passer au-dessus de cette avalanche de jugements péremptoires ou partisans. Quelques ministres se cachent pour échapper à la vindicte. D’autres mettent le bout du nez dehors puis rentrent précipitamment aux abris quand le temps se gâte. Il y a aussi ceux qui ferraillent en permanence et tentent d’enrayer un flot d’adversaires menant une sorte de guérilla médiatique avec l’espoir de porter un coup fatal en rassemblant sur un sujet de société des renforts. Ils détournent ainsi l’attention et se permettent d’occulter la plupart des avancées mises en œuvre.

Il y a fort à parier que dans les prochaines semaines, quelques milliers d’unions entre personnes du même sexe ne changeront absolument rien à la situation des plus pauvres, des plus en danger socialement, des plus démunis culturellement mais serviront de catalyseurs à toutes les oppositions réactionnaires. Le coup est classique : rien de vaut une guerre, même inutile, pour faire oublier ses faiblesses. On va en faire des tonnes. On va utiliser les arguments les plus malhonnêtes, mais on va ainsi aggraver la situation. Brutalement, partout on cherche désormais au sein des Ministères des ancrages fiables parmi les élus de terrain. Il faut des voltigeurs, des snippers, des bons soldats, pour tenir le choc.  « Visiblement il existe des équipes ministérielles encore en  rodage ou inexpérimentées, commente un pilier du Sénat, et je crains pour quelques ministres des moments difficiles devant le prochain congrès annuel des Maires ! Ils savent que là, il ne faudra pas arriver les mains vides et avec des approximations ! » C’est probablement la raison qui a décidé François Hollande à venir dès le mardi déblayer le terrain. Il devait conclure ce rendez-vous, et il a été décidé qu’il l’ouvrirait avec des annonces rassurantes qui permettront à Peillon, Cahuzac, Lebranchu, Batho ou Taubira de ne pas se faire secouer par des élus mal en point. Vals et Ayrault termineront le travail en reprenant l’initiative… avec l’espoir de sortir le carrosse de l’ornière !

 

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Cette publication a un commentaire

  1. Cubitus

    Les fonctionnaires des ministères que vous évoquez sont ceux d’administration centrale. S’il fallait les dépeindre, je dirais, pour les avoir croisés, vanité, mépris et suffisance. Chacun d’eux se prend quasiment pour le ministre. Rassurez-vous, rien à voir avec les fonctionnaires des services déconcentré nettement plus simples et serviables. Quant à la télé à l’Assemblée, il suffit de regarder nos chers représentants se bousculer le mercredi dans le Salon Delacroix comme des excitées un jour de braderie pour tenter d’être dans le cadrage de la caméra.
    La droite qui n’a toujours pas digéré le rejet des électeur saute sur la moindre occasion pour se faire entendre et tous les prétextes, y compris les plus fallacieux, sont bons. Mais justement, alors que la bande à Copé-Fillon-Le Pen se focalise en ce moment sur le mariage gay (pensez vous, marier des pédés, beurk !) et focalise par là même l’opinion, pourquoi le gouvernement n’en profite t’il pas pour mettre en place des mesures sociales vraiment nécessaire et efficaces qui, compte tenu de la focalisation outrancière précitée, passeraient sans véritable opposition. Au contraire, on le sent plutôt timide à respecter ses promesses de campagne et à trancher dans le vif pour réparer les dégats du règne de Sarkozy 1er.

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