Je prendrai bien une bonne cote de popularité au menu !

La France médiatique est en émoi. Elle frétille. Elle jubile. Elle se vautre dans l’étonnement. La côte de popularité de François Hollande vient encore de chuter. Et ça croyez moi c’est de l’info sui améliore l’audience ! Mieux c’est le genre de publication qui, plus elle est rabâchée, va créer une « opinion dominante » reprise avec encore plus de force par ceux qui ne voulant pas être plus couillons que la majorité supposée des sondés va tomber dans le panneau ! En fait comme dans beaucoup de domaines le système se nourrit lui-même par des échanges de service. Personne ne se pose la vraie question : qu’est-ce que la « popularité ? » et par conséquent que vaut une « cote de popularité ? » Est-on certain qu’une personne populaire est une personne véritablement efficace ?

En fait la popularité c’est selon le dictionnaire Robert «la faveur (que l’on a) auprès du peuple ». Ce n’a donc jamais été un signe de compétence puisque on découvre souvent que de nombreuses personnalité ayant du crédit auprès du peuple ont une insignifiante capacité à régler quoi que ce soit. Les instituts de sondage, véritable pompe à fric grâce à la bonne volonté de gogos auxquels on pose des questions biaisées qu’ils ne comprennent même pas ! TNS-Sofres travaille pour… le Figaro Magazine dont on connaît les tendances ultra-droitière proches du « peuple » ce qui permet de prendre un peu de recul avec les commentaires faits sur le résultat de cette « mesure » réputée scientifique. La « cote de popularité » est une invention alimentaire pour des sociétés et des journaux avides de titres foudroyants dans un sens comme dans l’autre.

La encore il s’agit d’une « appréciation portée sur quelqu’un » mais nullement d’une « mesure de l’efficacité de son action ». C’est donc une vision impulsive, non raisonnée, déconnecté d’une analyse objectif de ce que peut réaliser la personne concernée qui est transformée en « pourcentages » . Un footballeur qui marque deux buts est « populaire » alors que celui qui empêche l’adversaire d’en marquer deux n’a aucune chance de figurer sur le podium ! En politique pour être populaire il faut donc nécessairement brosser l’opinion publique dans le sens du poil en empilant sur son bureau… des sondages qui vous disent ce qu’elle attend de vous ! C’est ce qu’a tenté de mettre en place en permanence Nicolas Sarkozy avec une cellule qui passait son temps à dépenser l’argent public dans les officines de ses amis pour bâtir l’action présidentielle. Les « communicants » en déduisaient des « éléments » de langage repris en boucle par les Ministres envoyés sur tous les médias. Le cabinet bâtissait chaque semaine des programmes totalement artificiels, collant à l’actualité et proposant la réponse attendue par une majorité d’électrices et d’électeurs. Ce processus a coûté des dizaines de milliers d’euros aux contribuables devenus brutalement typer-sourcilleux sur le montant de leur feuille d’impôts !

Il y a alors deux situations contradictoires, pour François Hollande surtout en situation de crise profonde. Toute mesure quelle qu’elle soit étant forcément décriée, critiquée, dénaturée dès qu’elle nécessite une restriction, un effort, une privation il ne peut que perdre du terrain dans l’esprit des gens gavés par les éclats corporatistes ou politiciens. Il lui faut en permanence reconstruire ce qui a été détruit et vendu durant une décennie comme une œuvre salutaire pour la société ! Tout joue contre lui et il lui est impossible d’être populaire avant des mois et des mois. L’effort, la rigueur, la patience sont incompatibles dans la société française avec des appréciations positives. Le rapport avec l’opinion publique est toujours identique : toutes les femmes ou les hommes politiques qui ont tenté de passer par ces valeurs ont vite perdu pied dans l’opinion publique puisque tout se juge désormais sur les apparences, sur la forme et plus du tout sur la réalité et le fond ! La recherche de « La popularité est la marque du souverain ou de l’homme d’Etat de second ordre » a écrit Renan. Il est vrai que les cimetières des illusions perdues sont bondés de gens ayant été très populaires et jamais reconnus dans la vie politique et ils y côtoient ceux qui ont été remarquables mais qui n’ont jamais pu être « populaires ». Tout le monde sait que Gambetta ou Clemenceau (l’excellent film avec Gabin intitulé « Le Président » devrait être rediffusé dans cette période ! ») n’ont jamais réussi à faire reconnaître leur indéniable talent après avoir été couverts de louanges. Plus près de nous de Gaulle n’a pas toujours été au zénith et Mendés-France a été détesté pour ses discours courageux ! Pour eux la « cote de popularité » de TNS-Sofres ne pouvait pas être publiée par « le Figaro Magazine » car elle n’existait pas.

L’impopularité doit être assumée si elle s’appuie sur la certitude que les décisions prises peuvent être expliquées et justifiées. Toute personne qui refuse ou qui ne sombre pas dans la facilité du « toujours plus » ou de céder aux pressions diverses est certaine de le payer en terme de popularité. Dire ce que l’on a à dire, parler vrai, sans se soucier des dégâts collatéraux permet de se construire une impopularité durable ce qui par les temps qui courent est à la mode. Le silence, l’inaction et la facilité restent les moyens les plus efficaces pour améliorer sa courbe chez TNS-Sofres. D’ailleurs il paraît que beaucoup de Ministres le comprennent peu à peu !

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Cet article a 5 commentaires

  1. Cubitus

    Pour être populaire, il faut séduire ; pour séduire, il faut flatter, flatter par le verbe, flatter par l’artifice, par le privilège ou l’avantage octroyé. Bref, pour être populaire, il faut être un brin démagogue.

    Mais il y a 350 ans, La Fontaine ne disait t’il pas :
    « Tout flatteur vit au dépend de celui qui l’écoute »

  2. suzanne marvin

    les sondages sont une calamité….ils sont trop présents…ils paralysent ….ils asphyxient….ils manipulent……

  3. Catherine

    Ce sont les mêmes qui évaluent le moral des Français,
    en fonction de la capacité de… consommation des ménages

  4. VIAL

    Il est vrai que les sondages sont une calamité.
    Pour autant, une partie de la perte de popularité de François Hollande peut s’expliquer par la différence entre son engagement SOLENNEL sur ses 60 propositions de campagne et les actions entreprises par le Gouvernement depuis son élection. Je pense qu’une partie de l’électorat de François Hollande se sent « abandonnée » au profit des groupes de pression. Je pense qu’il doit en priorité faire référence, s’appuyer et prendre le parti de son électorat.

  5. Nadine Bompart

    Bien d’accord avec vous Vial, je pense aussi que les « vrais » électeurs de Hollande sont déçus par bon nombre de reculades (je prendrais pour exemple le « coup des pigeons », ou de riches évadés fiscaux se sont fait passer pour de pôvres petits volatiles fragiles…et ont gagné!!!).
    Mais c’est vrai que le règne des sondages pour tout et n’importe quoi, et à tout moment, est une part révélatrice de notre société du paraître et du chacun pour soi.

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