Ne parlez surtout pas d'exil mais de fuite ou de désertion !

Dans quelle époque sommes nous entrés ? En fait, même si les grands penseurs s’accordent à reconnaître que l’Histoire ne sert jamais deux fois le même couvert, on en arrivera inéluctablement à démontrer qu’ il peut y avoir bien des points communs entre des événements. C’est ainsi que depuis plusieurs jours, le délire médiatique déverse ses phrases toutes faites sur « l’exil » de M. Arnault. L’homme le plus riche d’Europe prendrait la poudre d’escampette pour échapper au triste sort que lui réserveraient les « révolutionnaires » socialistes. Le problème essentiel de ce déluge débile porté par des journalistes avides de transformer une souris factuelle en montagne d’approximations, c’est qu’il repose sur une méconnaissance absolue du sens des mots et une ignorance crasse de l’histoire. Ils devraient, mais ce serait trop dangereux pour eux, parler de « désertion », de « fuite », de «manigance »,  mais en aucun cas « d’exil » ! Il faut bien convenir que dans l’état actuel des médias, quasiment tous en crise financière et soumis au diktats des financements par les plus grandes fortunes, il est préférable de valoriser une démarche honteuse d’un « grand » sans rappeler, par exemple, tous les épisodes de l’histoire ayant vu des femmes et des hommes quitter leur pays pour aller planquer ailleurs leur fortune plus ou moins bien mal acquise !

Toute proportion gardée, « l’exil » de ce noble M. Arnault ressemble étrangement à celle des « émigrés » qui ont fui juste après la prise de la Bastille et après que la Révolution ait menacé les privilèges afférents à leur statut social, acquis contre les intérêts du peuple. Dès le 17 juillet 1789 le comte d’Artois, futur Charles X, suivi par les Polignac et quelques grands seigneurs de la cour, furent les premiers à passer à l’étranger. Ils rejoignirent à Turin (la Belgique n’existait pas!) la cour du roi de Sardaigne, beau-père du comte de Provence, du comte d’Artois et de leur sœur, puis l’Electorat de Trêves où régnait leur oncle maternel.

Le marquis de Bouillé, tous les membres du ministère de Broglie, Calonne, le prince de Bourbon, Condé, prince du sang, et la plupart des courtisans ne tardèrent pas à délaisser leur souverain pour les suivre. La rodomontade de Bouillé, qui menaçait déjà Paris de destruction, déclarant qu’il n’en laisserait aucune pierre, incita les royalistes à passer à l’étranger. Ils établirent ouvertement des bureaux, à Paris et dans les principales villes de France, pour hâter l’émigration. Leurs journaux exagérèrent beaucoup les préparatifs des puissances étrangères contre la France, le nombre des émigrés réunis aux frontières, et prédirent avec emphase leur triomphe et la chute de la Constitution. Le point d’orgue de ce que ces puissants appelèrent leur « exil » fut, le 21 juin 1791, la fuite de Varennes, ce coup ci vers la… Belgique ! Une aventure qu’aurait dû méditer le fuyard milliardaire !

Le célèbre Monsieur Arnault est de cet acabit. Il ne fait que fuir un pays qui a fait sa fortune et il rejoint tous les seigneurs de la finance qui passent l’essentiel de leur temps à mobiliser des techniciens pour préserver les privilèges dont ils jouissent,  et que Nicolas Sarkozy leur avait garantis et augmentés ! En l’occurrence c’est de la même nature, sauf que le gouvernement socialiste ne s’attaque pas aux personnes mais simplement à des situations créées par l’inéquité fiscale. Le courageux « marquis fortuné d’Arnault » soutenu avec une ferveur particulière par les caciques UMP, soucieux de leur financement, et par une bonne partie du système médiatique ligoté par sa dépendance au fric, ne mérite pas d’être paré du titre « d’exilé ».

On part en exil pour un désaccord sur les valeurs, comme l’a fait par exemple un certain Victor Hugo… face à « Napoléon le petit ». C’est courageux! C’est respectacle ! C’est louable ! On est loin, très loin des motivations d’un déserteur fiscal ! Le 2 décembre 1851, commence le temps de la répression. Plusieurs amis de Hugo, Paul Meurice, Auguste Vacquerie ainsi que ses fils Charles et François-Victor, déploient une activité intense destinée à résister au coup d’État. Victor Hugo accuse Louis-Napoléon de haute trahison, il est recherché par la police. Il se dresse contre ceux qui veulent étrangler la Jeune République. Quant à ses fils, ils furent condamnés à neuf mois de prison ferme. En 1852, Victor Hugo décida de s’exiler.

Il est proscrit par Louis-Napoléon qui trahit les idées républicaines. Il a insulté la Reine Victoria. Il part en Belgique, puis à Jersey, et à Guernesey, avec sa femme, sa fille Adèle, Juliette Drouet, quelques amis, et ses deux fils Charles et François-Victor. Son vrai « exil » durera près de vingt ans. Le 31 octobre 1856, il s’installe à Guernesey pour plus de quinze ans. Le Second Empire lui offre l’amnistie, il répond : « Quand la liberté rentrera, je rentrerai. »... Les seules valeurs que défend Arnault ce sont celles qu’il possède en bourse et dans les banques ! En aucune manière, le gouvernement socialiste n’altère la liberté individuelle sous toutes ses formes. Il remet simplement sur le devant de la scène sociale le principe de la « participation équitable » de chacun à la vie collective. Les profits réalisés par Monsieur Arnault ne tiennent qu’à sa capacité à tirer le meilleur revenu du travail des autres. C’est un talent qu’il faut reconnaître… mais qui ne mérite pas davantage de respect que celui du créateur d’un parfum, du confectionneur d’un sac à main parfait, ou du maître de chai du château Yquem. Rappelons simplement que cet « émigré » clandestin a été témoin du mariage de Nicolas Sarkozy avec Cécilia et qu’il fut invité à la cour du Fouquet’s où se retrouva, un soir d’élection républicaine, toute la noblesse financière, médiatique et politique ! Fouquet… Fouquet… un nom de surintendant d’un roi Soleil !

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Cet article a 4 commentaires

  1. Christian Coulais

    Merci pour ces rappels historiques…Mais dans 156 ans (2012-1856) qui se souviendra de ce M.Arnault d’Yquem ? Personne, alors que M. Hugo….
    Non, vous êtes mal informés, peuples de France et de Saint-Pierre et Miquelon, M. Arnault part (?) en Belgique pour ensuite demander la résidence à Monte-Carlo afin de ne plus être imposable du tout ! (selon un « spécialiste » entendu sur France-Inter)

  2. baillet gilles

    C’est l’appel de Coblence!

  3. PC

    après la révolutions les biens des « émigrés » ont été saisis et vendus en « biens nationaux ».
    on devrait faire pareil; Cheval Blanc, Quinault et autres chateaux, ça devrait faire pas mal d’argent
    ceci dit, il paraît que « monseigneur » a démenti…. il a eu peur que cette histoire ne se retourne contre lui

  4. Nadine Bompart

    Et puis « fuir » devant quoi ?????
    Un malheureux impôt temporaire basé exclusivement sur le salaire….
    Ce n’est pas dans son salaire que se niche sa fortune!!!!!
    Beaucoup de bruit pour rien, Messieurs les Sociaux-Démocrates.

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