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Le déluge qui évite d’évoquer les réalités du monde

La pire perversion de la détention du pouvoir, c’est le sentiment d’impunité. Il s’installe lorsque s’ajoute à une fonction la force du fric. Il ne se passe pas un jour sans que d’une manière ou d’une autre ce constat soit conforté par ce que l’on nomme pudiquement une « affaire ». Toute honte bue, les élites cherchent par tous les moyens à justifier l’injustifiable. Absolument rien ne les effraient.

La divulgation des millions de documents collectés sur le pervers milliardaire américain renforce la sensation que dans tous les milieux huppés les pires agissements n’effraient personne. Le secret s’achète. Les complicités se nouent. Les obsessions se révèlent. Et personne ne pose la vraie question : pourquoi une accumulation de tant de preuves n’a pas donné lieu avant à des poursuites ou au minimum à des transmissions à la justice ?

Photos, correspondances sous toutes les formes, accords financiers existent depuis des années après avoir été récoltés par des services assermentés ou habilités pour finir dans des archives inutilisées. Brutalement en France, en Grande Bretagne et aux USA souffle un vent de panique générant une tornade médiatique emportant tout sur son passage. Le moindre nom est livré en pâture à une opinion déjà écœurée par le « cinéma » accompagnant toute situation critique dans laquelle est impliquée une personnalité.

Je n’ai jamais nourri personnellement une admiration particulière pour l’ex-ministre de la culture cité à plus de 600 reprises dans les turpitudes d’un pédocriminel se faisant passer pour un mécène désintéressé. En démissionnant d’un poste dépendant d’une nomination officielle il a pourtant eu une réaction que bien d’autres n’ont pas eue. La fameuse présomption d’innocence invoquée par des gens de son niveau en France leur permettant des rester en place, semble en l’occurrence adaptable au cas par cas. Alors qu’elles sont traduites officiellement devant la justice et donc dans une situation beaucoup plus précaire, d’autres « vedettes » se maintiennent ou sont maintenues dans leurs fonctions.

Rien n’a bien évolué depuis l’époque romaine ou celle des rois tyrans. Les connections, les protections, les connivences traversent les frontières et les engagements sociaux. C’est ainsi que toute la planète des gens qui comptent est concernée par des publications pourtant caviardées de manière suspecte. Comment ne pas évoquer la connaissance que peuvent avoir des services secrets étrangers de ses déviances éventuelles ? Comment ne pas penser un instant que ces frasques ou cette proximité avec un criminel ne participe pas de la géopolitique ? En revenant sur ma chronique précédente évoquant l’utilisation de la désinformation il faut s’interroger sur l’emploi dans le contexte actuel de ces publications américaines. Une acte volontaire qui fait oublier des turpitudes encore plus graves. 

Entre les uns qui mendient des fonds pour sauver leur parti en perdition, les autres qui cherchent des biais pour s’enrichir, nous avons un résumé de ce qui guide la société. En cherchant de multiples contacts, en accumulant les services, en multipliant les invitations ou les rencontres, l’Américain savait probablement que son carnet d’adresses était sa plus grande sécurité. Plus de comparses et de complices étaient « mouillés » et plus il pouvait s’estimer au-dessus des lois ordinaires. C’est cette propension à entraîner (post-mortem en l’occurrence) les autres dans sa chute grâce à cette tendance actuelle à la généralisation médiatique qui créée le malaise.

Des centaines de milliers d’heures de télé de par le monde, de radio ou de pages de la presse écrite seront consacrées à cette affaire sordide et dégueulasse. Or pendant ce temps dans le pays qui héberge le scandale on oublie que des enfants sont mis en prison pour le fait que leurs parents ont cru dans le pays de Lincoln. Elizabeth Zuna Zuna Caisaguano, 10 ans, a été par exemple arrêtée le 6 janvier par la police ICE avant d’être déportée à plus de 1 900 kilomètres de là, dans le centre de détention de Dilley, au Texas.Selon CNN, « au moins six autres enfants de son district scolaire de Minneapolis ont effectué le même voyage vers ce lieu »

Selon une analyse d’un média indépendant ce sont 3 800 mineurs qui ont été placés en détention par l’ICE depuis le début du second mandat de Donald Trump, dont une vingtaine de nourrissons. En moyenne, 170 enfants sont détenus chaque jour, avec des pics à plus de 400. Plus de 1 000 d’entre eux ont été enfermés au-delà de 20 jours, la durée maximale autorisée par la justice américaine. 

La situation de notre ex-ministre de l’esbroufe culturelle mobilise des « litres » de bave brune, d’acide corrosif, des cris d’orfraie et des larmes de crocodiles alors qu’il suffit de laisser ce vieillard replâtré face à sa glace et sa conscience. En revanche pour les gosses traumatisés à vie… brisés par des politiques que des centaines de candidats aux élections locales rêvent de mettre en œuvre chez nous, on reste d’une épouvantable discrétion coupable.

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Cet article a 5 commentaires

  1. J.J.

    L’image de ce petit Liam me rappelle douloureusement une autre ; celle bien connue du jeune enfant du ghetto de Varsovie, les mains en l’air, comme les autres personnes, sous la menace du pistolet mitrailleur d’un soldat allemand. L’angoisse, la terreur se lisent sur son visage. Je n’ai pas réussi à trouver un lien, mais vous pouvez voir cette sinistre et désolante image(prise par un SS) en tapant « enfant ghetto de Varsovie »
    À plus de 80 ans de cette période, c’est un crève cœur de voire se rééditer des attentas à la dignité humaine aussi sinistres.
    Depuis cette lamentable période qui devait être suivie de celle des « lendemains qui chantent », des « jours heureux », beaucoup de progrès techniques, beaucoup d’inventions mirifiques, des humains sont allés dans la lune, bref, une période de progrès scientifiques et technologiques probablement unique dans l’histoire de l’Humanité.
    Mais la morale humaniste, le respect, la prise en compte de la vie et du bonheur d’autrui a-t-elle progressé d’une ligne ?
    À voir et comparer ces images et d’autres, contemporaines, tout aussi tragiques, inutile de donner la réponse.

  2. faconjf

    Bonjour,
    la question sous-jacente que vous posez, selon mon interprétation, n’est-elle pas  » y-a-t’il une relation entre le pouvoir, le pognon et le c.l? ». La consultation des archives U$ mise à disposition du public est doté d’un moteur de recherche et voila t’y pas que quand on pose le nom de Ariane de Rothschild le nombre de pièces trouvées indique « 4 440 résults ». Le journal La Croix ( complotiste sans doute) nous dit « Ariane de Rothschild, actuelle directrice générale de la banque suisse Edmond de Rothschild, a été proche de l’homme d’affaires américain Jeffrey Epstein, devenu son conseiller et confident…Mme de Rothschild l’a rencontré à plusieurs reprises entre 2013 et 2019 … deux contrats signés en octobre et novembre 2015 ont toutefois engagé le groupe Edmond de Rothschild à verser au financier, via l’une de ses sociétés, un total de 25 millions de dollars en remerciement de ses services et de son entregent… ». A la lecture de l’article on pourrait répondre sans détour oui à la question sous-jacente de votre billet.
    https://www.la-croix.com/jeffrey-epstein-conseiller-et-confident-de-la-banquiere-ariane-de-rothschild-20260205
    Maintenant posons nous la question des victimes du monstre Epstein et des rafles de l’ICE concernant les mineurs cibles de choix pour exercer divers chantages. Chantage aux sextapes pour les puissants, chantage affectif des parents contraints de se rendre à l’ICE; pratiques interdites par les lois pour les sextapes et les accords internationaux pour la méprisable politique des nervis Trompiens.
    La réponse est un silence gêné des merdias coincés dans leur croisade anti « fuck news » minée comme une frontière en guerre par les révélations mouillant les zélites. Ils sont bien dans l’embarras les pisseurs de copies, difficile d’admettre que les éléments déversés dans les réseaux « associaux  » n’étaient pas des infos complotistes mais bien réelles. Le reconnaître ce serait donner raison aux vilains petits canards et tord aux chasseurs de la vérité vraie. Voir l’extrait de C ce soir qui montre bien l’embarras des merdias https://youtu.be/WE6f_7U3GDk.
    Pour revenir à ici et maintenant je reprends votre conclusion « En revanche pour les gosses traumatisés à vie… brisés par des politiques que des centaines de candidats aux élections locales rêvent de mettre en œuvre chez nous, on reste d’une épouvantable discrétion coupable.  » . Affirmation qui me renvoie à une soirée festive où une jeune femme au bord des larmes m’expliquait pourquoi elle avait démissionné de son emploi d’assistante sociale. La raison de sa décision c’était le scandale de l’ASE et l’ impuissance insupportable de ne pouvoir aider les « protégés de la nation ».
    Depuis chaque fois qu’un nouveau fait divers ( et ils sont malheureusement légion) de mauvais traitement infligé à un enfant par un salarié de l’ASE est repris par les merdias, je repense à la déchirure de cette jeune femme et aux vies brisées par cette organisation bureaucratique aveugle.
    Oui ce qui se produit aux U$ mérite réprobation, mais de grâce balayons devant notre porte.
    En France, 400 000 enfants et jeunes majeurs dépendent de l’Aide sociale à l’enfance (ASE), une institution censée les protéger, mais dont les défaillances les mettent parfois en danger. Manque de places, structures inadaptées, absence de suivi psychologique, maltraitances… La liste des manquements au sein de la protection de l’enfance est longue. « Les alertes des professionnels de la protection de l’enfance se multiplient ces dernières années sur un phénomène qui semble en hausse, sans qu’il soit possible d’établir des données chiffrées fiables. Avec, toutefois, un élément constant : la prévalence des enfants confiés à l’aide sociale à l’enfance parmi les mineurs qui se prostituent et l’impuissance collective à y apporter une réponse ». On estime le nombre d’adolescentes mineures prostituées entre 15 000 et 20 000. Il faut se figurer une prostitution « moderne », loin du cliché du racolage : réseaux sociaux, sites spécialisés, messageries éphémères et instantanées, « micro-proxénètes » comme on dirait « micro-entrepreneurs »… D’une certaine manière, les foyers, parce qu’ils concentrent des enfants aux parcours de vie heurtés par les violences, sont un vivier de recrutement facile pour les proxénètes.
    À ce jour, on estime que l’ASE coûte entre 10 et 12 milliards d’euros par an aux départements. Tout ça pour ça! Je vous laisse avec ma question  » y-a-t’il une relation entre le pouvoir, le pognon et le c.l? »
    bonne journée

  3. JJM

    « En revanche pour les gosses traumatisés à vie… brisés par des politiques que des centaines de candidats aux élections locales rêvent de mettre en œuvre chez nous, on reste d’une épouvantable discrétion » écrit Jean Marie
    Heureusement il existe des structures en Gironde, dont l’une gérée par Action Enfance, a été inaugurée à Sablons de Guîtres le 24 mai 2022. https://www.gironde.fr/actualites/sablons-un-village-pour-les-enfants
    54 enfants y ont été placés par le département de la Gironde. Pour mémoire le budget de l’enfance du département est en 2025 de 370 millions d’euros à rapprocher du « déficit » de 97.7 millions.
    Pensez-vous que les fascistes qui espèrent prendre le pouvoir demain mettront ceci en exergue lors des futures départementales ?
    J’ai connu le passé de deux d’enfants et leur bonheur d’être placés en famille d’accueil par le centre hospitalier de Cadillac le WE chez mon amie.
    Hélas comme l’écrit JJ « des lendemains qui chantent » et « des jours heureux », je crains qu’ils ne les connaissent pas.
    « Le fascisme ça commence avec les fous,ça se réalise grâce aux salauds et ça continue avec les cons.Guy de Montherlant »

    1. facon jf

      @JJM sauf erreur il s’agit de Henry de Montherland … Curieux de citer cet académicien dans ce contexte ( la pédophilie de Epstein) sachant que :
      A 17 ans, il est renvoyé de l’institution Notre-Dame de Sainte-Croix de Neuilly pour une relation avec un camarade plus jeune, Philippe Giquel, futur as de l’aviation durant la Première Guerre mondiale. Cette attirance pour les jeunes garçons expliquerait aussi la perte de son œil en mars 1968 : il l’aurait perdu en étant molesté dans la rue lors d’une expédition nocturne en chasse de jeunes adolescents et non des suites d’une insolation comme le veut la version officielle. Admis dans une clinique de la rue de Passy, les mains et le visage couverts de sang, il aurait été éborgné (l’ethmoïde gauche fracturé) et sa montre dérobée. Cette attirance sexuelle envers les jeunes garçons expliquerait aussi sa rupture avec son milieu familial après la mort de ses parents survenue dans les deux ans suivant le scandale à l’école. Elle expliquerait aussi le goût de l’auteur pour l’Afrique du Nord, un territoire où — comme André Gide*, et peut-être conseillé par lui — il pouvait pratiquer sa pédérastie. Plusieurs garçons le dénoncent à la police pour agression sexuelle dans un cinéma, mais Montherlant utilise sa notoriété d’académicien pour étouffer ces affaires. source Wikipédia
      ( ça fait penser à frédéric M… racontant dans son livre ses escapades en Thaïlande dans son autobiographique La Mauvaise Vie, lui aussi ministre de la culture sous talonnettes 1er)
      Je trouve que la citation de Montherland, sur la première de couverture du livre le temps des salauds (de Hugues Jallon) explique bien le temps que nous vivons.
      « Le fascisme, ça commence avec les fous, ça se réalise grâce aux salauds et ça continue à cause des cons. » Cette phrase dit la vérité d’un temps, celui où le fascisme commence à exister vraiment. C’est le temps où les masques tombent, le temps des ralliements et des dîners en ville, où l’extrême droite devient fréquentable parce qu’on commence à la fréquenter. C’est aussi le temps des accommodements, des ambiguïtés et des changements de pieds. C’est surtout le temps où des hommes et des femmes responsables, dirigeants politiques, intellectuels, patrons, éditorialistes s’emploient à rendre la promesse fasciste raisonnable. Ce temps-là, c’est le temps des salauds.
      Perso j’ai pas lu ce livre, on fait ce que l’on peut.
      Salutations cordiales
      *Julien Green dans son journal non expurgé publié en 2019 parle abondamment du tourisme sexuel de Gide en Tunisie avec des « petits garçons » et des enfants de dix, onze, douze ou treize ans.

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