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Les personnes âgées dépendantes et le maintien à domicile

Les problèmes liés au vieillissement de la population s’accumulent. Chaque jour qui passe je discute, partage ou accompagne une personne ou une famille qui traverse des difficultés relatives à la dépendance. Tant qu’elle n’apparaît pas dans le quotidien le maintien au domicile constitue la solution la plus agréable. Les aides possibles et proportionnelles aux difficultés de mobilité ou de capacité à assumer les obligations de base du quotidien ne parviennent pas toujours à compenser la perte d’autonomie. Le constat est implacable : le basculement des habitudes de vie chez soi vers une établissement spécialisé d’accueil reste très difficile. Et pourtant il est parfois inévitable.

Cette transition indispensable pour assurer la sécurité et la dignité des personne âgées a encore bien du mal à être acceptée par les intéressés et parfois par leurs proches. Les raisons en sont multiples et pas toutes avouables. Les services spécialisés dans le maintien à la maison traversent des difficultés grandissantes. Ils manquent de personnel qualifié pour assurer un suivi exigeant, usant et… mal payé. La plupart d’entre eux sont en difficulté financière car devant la baisse des soutiens financiers (Allocation Personnalisée d’Autonomie – APA) les bénéficiaires diminuent leur quota d’heures ou renoncent ne pouvant plus payer leur reste à charge. Les tarifs « officiels » fixés par les départements sont déjà insuffisants pour les services associatifs ou relevant des collectivités territoriales.

Une inégalité flagrante s’installe en raison du niveau des pensions. Rien ne s’améliorera puisque dès 2026 est prévue un attaque en règle sur les « reversions ». Le budget a augmenté les dépenses liées à la santé, a augmenté la CSG, a taxé les mutuelles, n’a pas jugulé les tarifs de l’énergie, à laissé s’installer les dépassements d’honoraires et tant d’autres aspects de la participation à la vie sociale tout en serrant la vis sur les modalités de récupération d’une part de la retraite du conjoint disparu. Le plafond pour une personne seule a été fixé à 2 080 € bruts pour ouvrir le droit à la réversion.

Il est certain que la plongée en dessous du seuil de pauvreté de bien des seniors se profile dans les prochaines années. Plusieurs enquêtes dénombre un peu plus de 2 millions de retraités dans cette situation. Pour eux l’accès à un établissement d’accompagnement de la dépendance est financièrement impossible. Les EHPAD su secteur privé proposent des tarifs bruts équivalents parfois à 3 ou 4 fois le montant de la pension atteinte d’une maladie neurologique dégénérative ou d’un handicap nécessitant une surveillance et une assistance permanente. Ils peuvent avoir recours à l’aide sociale très inégalitaire sur le territoire national car lié au bon vouloir des départements dont on connaît la situation.

Face à cette situation de paupérisation les enfants qui seront mis forcément à contribution pour le paiement du séjour cherchent parfois à retarder le transfert. Ce n’est jamais la raison officielle et ce n’est pas forcément très correct d’évoquer ces faits mais l’expérience me permet de l’écrire. Pire, la mère ou le père sachant que leurs descendants devront payer alors qu’ils sont eux-aussi parfois limités dans leur budget (emprunts, achats de services, frais de déplacement, études des enfants…) s’accrochent à leur domicile. La récupération des sommes dues sur l’héritage quand il y en a un, entre aussi dans le jeu du refus.

Tous les EHPAD public ou de l’économie sociale et solidaire traversent une crise financière inédite. Les déficits s’accumulent. Les incertitudes qui pèsent sur la récupération de sommes dues par les familles et les difficultés liées à la précarité conduit certains établissements à « trier » leur clientèle. Personne ne le dira et personne ne le prouvera puisque les raisons invoquées sont d’ordre médical ou de priorités mais le secteur « médico-social » risque de devenir de moins en moins social. Au détriment de qui ?

Je poursuis depuis maintenant dix ans un projet qui devrait voir le jour en 2026 qui pourrait s’intituler « l’EHPAD à domicile » sous la forme d’une équipe mobile qualifiée pouvant établir un diagnostic sur la situation physique ou mentale de la personne et mettre en place la réponse coordonnées des services multiples existant mais souvent difficile à rassembler (aide à domicile, infirmières, profession de santé, séjours temporaires, services sociaux…). Une trentaine de personnes seront ainsi suivi chez elles. Leur évolution sera surveillée. Une évolution qui permettra de rétablir une égalité dans la vieillesse. J’y crois…

« La vieillesse serait un naufrage » selon un mot de de Gaulle évoquant le Maréchal Pétain. Pas pour tout le monde. Pas dans tous les contextes. Elle le devient si la santé est altérée et si en plus l’accès au financement des compensations qu’elle nécessite dans ce cas-là est impossible. Il faut avoir les moyens de son choix. Face aux menaces qui s’accumulent sur les « boomers » nantis il n’est pas impossible de penser que les problèmes ne cesseront pas de cropitre.

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Cet article a 2 commentaires

  1. J.J.

    Tristes perspectives pour ces « boomers » soit disant nantis. Il y en a certes quelques uns, comme dans toutes les classes de la société, et certains benêts s’obstinent en généralisant à ne voir qu’eux.
    La réalité est toute autre, et au vu de la situation actuelle et de celle qui va probablement s’aggraver, les déceptions des héritiers seront grandes quand il s’agira de recueillir et partager éventuellement le magot phantasmé, …ou les restes à charge …

  2. faconjf

    Bonjour,
    Ainsi, quand De Gaulle parle, dans le premier tome de ses Mémoires de guerre, du « naufrage » de Pétain (« La vieillesse est un naufrage. Pour que rien ne nous fût épargné, la vieillesse du maréchal Pétain allait s’identifier avec le naufrage de la France. » ), il reprend une vieille métaphore, déjà utilisée par Chateaubriand à propos de l’exil et la mort de Charles X, comme le fera remarquer un peu plus tard Simone de Beauvoir.
    Par ailleurs, parler de la vieillesse comme un naufrage est aussi un excellent alibi pour une société qui voudrait réduire ses charges et ne pas assurer aux anciens les moyens de vivre décemment et d’échanger avec les autres : si la vieillesse est un naufrage, si les vieux délirent, on peut les abandonner sans vergogne. Ainsi des parents, grands-parents, arrière-grands-parents sont-ils abandonnés, sans scrupule, dans des EHPAD indignes avec des retraites misérables et dont on ne se préoccupe pas de la pérennité. Ainsi et surtout de l’amour dont on les prive, qui pourrait prolonger leur passion de vivre. On crée ainsi les conditions d’une prophétie autoréalisatrice : si on se résigne à ce que la vieillesse soit un naufrage, on crée les conditions pour qu’elle le devienne vraiment. On perd alors l’immensité des savoirs que les aînés peuvent transmettre, pendant très longtemps, et dont une société aurait tort de se priver.
    Mais voila le problème c’est la PHYNANCE du bon père UBU, YAPUDEPOGNON pour les gueux il faut sauver les riches…
    Les « prisons de retraite » sont de magnifiques machines à cash où la rentabilité se déguise sous la forme de DSP en « lieux de (sur) vie » soit disant confortable et adaptées aux malheurs du grand âge. Les sommes délirantes de « reste à charge » ne sont que la facturation des frais hôteliers parfaitement optimisés, le reste des soins est facturé à la sécu et aux mutuelles. Tout cela relève d’un parti pris (prix?) imposant un modèle économique faisant la dichotomie entre le service hôtelier et les soins. Ainsi la confusion est entretenue entre le reste à charge et le coût réel du séjour. Le manque de contrôle par les autorités de surveillance à permis une dérive importante des soins graissant de manière inconsidérée des professionnels de santé plus intéressés par leurs émoluments que par la santé des résidents. En ayant suivi mon voisin dans son séjour à la « prison de retraite » je pourrais vous citer nombre de dérives et de manifestations de mépris subies par ce vieillard. Je précise que l’établissement en questions n’est pas un infâme mouroir mais bien un établissement public bien côté.
    Le modèle Français des Ehpad est totalement à remettre en questions de fond en comble. Il y va de la dignité des résidents en passant par la gestion calamiteuse du système sans parler des diverses magouilles financières pour détourner l’argent des vieillards fortunés sans famille ni descendance. Cf « Une discrète entreprise de détournement d’héritages, parfaitement organisée, a sévi dans l’Allier. Composée de notaires, d’un directeur d’Ehpad, d’un patron de pompes funèbres ou encore d’un avocat, elle a subtilisé plus de cinq millions d’euros à des personnes âgées isolées. »
    Ou encore « Les scandales dans les Ehpad sont légion ces dernières années. Récemment, un nouvel établissement a fait parler de lui pour de mauvaises raisons. Une salariée de l’Ehpad des Charmilles, à Dunkerque, est soupçonnée d’avoir volé a minima 80 000 euros à des résidents de cette maison de retraite, rapporte France Bleu, confirmant des informations de La Voix du Nord. » Et aussi « L’escroquerie en EHPAD concerne principalement deux domaines : les abus financiers et les arnaques à l’investissement (promesses de rendements irréalistes), et les abus de faiblesse ou les manquements graves dans la prise en charge des résidents (maltraitance, manque de personnel, négligences) révélés par des scandales comme ceux d’Orpea, menant à des actions en justice et des enquêtes de la DGCCRF. »
    On peut rêver a un juste retour des choses, mais pour cela il faudrait un retour de la morale et de la probité. Et ça c’est pas pour demain la situation actuelle est celle de la corruption à tous les étages … Paroles de vieux c.n-plotiste!!
    Bonne journée

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