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Remobiliser d’urgence la citoyenneté avant de militariser

Le retour du « service national volontaire » n’a pas soulevé un émoi particulier dans la population sauf chez les premiers intéressés par cette initiative présidentielle. Nul ne sait vraiment au sein de l’Armée où, comment, pourquoi et surtout avec quels moyens sera mise en œuvre une opération destinée à remettre un pan de la citoyenneté dans le jeu. Certains commentateurs pensent que cette annonce remettra la guerre au cœur des préoccupations du pays et que c’est nécessaire. D’autres refusent que l’idée même de défense de la Patrie implique plus la mobilisation de la jeunesse. Quelques-uns dont je suis réclament un grand plan de valorisation de la citoyenneté. 

Ce n’est pas parce que l’on doute du bien-fondé d’un retour d’une formation militaire que l’on ne mesure pas la montée des menaces extérieures pesant sur la France. Aussitôt que l’on aborde ce sujet les accusations fusent : le pacifisme est considéré comme de la faiblesse ou relevant du défaitisme le plus lamentable. L’analyse est biaisée car le problème est bien plus large. C’est désormais ceux qui ont tout fait pour ne pas aller à l’Armée qui prétendent y envoyer les autres. 

En fait la mise en scène des propos présidentiels était surtout destinée à démontrer que le pensionnaire de l’Élysée ne s’adressait pas seulement aux Françaises et aux Français qui l’écoutent encore mais dirigée vers l’étranger. La présence du drapeau européen, le décorum, le contenu : le message était aussi (et peut-être surtout) envoyé aux partenaires ou au adversaires d’un nation tellement parcellisée qu’elle n’a plus aucune capacité à assumer sa défense. Une voix. Un chef. Une volonté.  La délégation de notre protection à la seule « dissuasion atomique » a en effet considérablement affaibli la conscience collective de la nécessaire participation à une action collective pour protéger notre espace de vie qui n’a plus grand chose en commun;

L’individualisme triomphant prôné par le libéralisme exacerbé a conduit à détruire ou à affaiblir toutes les valeurs collectives. En plus elles ont été ignorées, affaiblies, détruites pour des raisons souvent liées à des considérations économiques malsaines. La solidarité ? Il suffit d’examiner les résultats nationaux de la collecte de la Banque alimentaire pour se persuader qu’elle disparaîtra inexorablement. L’esprit mutualiste ? Envolé au profit des assurances ! La Sécurité sociale ? Inégalitaire et malmenée par le rétablissements de ses comptes dont on oublie que le volet dépenses filent dans les poches de groupes industriels, de services ou des holdings tournées vers le profit. Le bénévolat ? En voie de disparition. L’exemplarité . Disparue. 

La Fraternité balbutie à son tour et n’a jamais été aussi faible. La seule forme qui s’y rattache est un communautarisme grandissant. Il prend la forme religieuse, corporatiste ou sociétale. Il implique des règles éloignées de celle de la laïcité, de l’intérêt général mais il prospère sur les carences de cette citoyenneté qu’implique le service dans une armée de défense de la Nation. L’influence des réseaux divers et plus ou moins avariés grandit chaque jour un peu plus. Toutes les formes de vie collective se disloquent. Pour le moment les retraités ayant conservé des repères instillés par l’éducation d’antan jouent les « rapiéceurs », les « rafistoleurs », les « camoufleurs » des défaillances d’un système social à bout de souffle.

Il faudrait que la formation citoyenne devienne d’abord un cause nationale urgente avant que l’on envisage la mise au pas sous les drapeaux. Il y a eu des conventions détruites par la malhonnêteté intellectuelle d’un élite autoproclamée qui considère qu’elle sait tout et qu’elle n’a surtout pas à prendre en compte la volonté d’individus forcément irresponsables dans leurs propositions. ils ont tué la démocratie représentative.  Sans changement et par principe, les récalcitrants vis à vis d’une décision « jupitérienne » se multiplieront donc très vite. 

Des outils déjà existant comme le « service civique » destiné à mettre en situation de vie collective des jeunes volontaires désorientés ou à la recherche de leur voie, garde son intérêt. Les actions menées par exemple autour du volontariat des sapeurs-pompiers méritaient d’être valorisées et développées. L’engagement associatif des moins de 25 ans aurait avantage à être pris en compte dans les carrières professionnelles et les CV. Les prises de responsabilité dans les collèges, les lycées, les universités (délégués de classe, conseil d’administration, commissions diverses…) doivent être reconnues et mieux considérées. Les initiatives menées avec des conseils de jeunes locaux offrent des possibilités de formation directe. L’engagement dans les actions solidaires existent et sont à récompenser. L’éveil des consciences à la nécessaire participation à l’action collective est en panné depuis des années. Pour défendre son pays, il est indispensable de l’apprécier, de le respecter, de contribuer à sa dynamique générale. 

Professeurs absents dans les classes de collège sou de lycées trois mois après la rentrée. Manque dramatique de réponses à la santé mentale. Paupérisation croissante ( 7 % de la Gironde en dessous du seuil de pauvreté!), dislocation prématurée des cellules familiales, fractures multiples du modèle républicain, sélection par l’échec en raison de la non-conformité au modèle de la réussite éducative : est-ce en apprenant à marcher au pas, en se lançant sur les obstacles d’un parcours du combattant, en apprenant à canarder au Famas ou en mettant son lit au carré que les jeunes, même volontaires deviendront des citoyennes ou des citoyennes? Oui je sais il nous faut des soldats. Je préférerai avoir des consciences. C’est plus dur !

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Cet article a 3 commentaires

  1. J.J.

    « en apprenant à canarder au Famas »…
    Tu retardes, Jean Marie, le FAMAS est en voie de disparition, remplacé par le HK 416 F(Heckler & Kosch) made in Germany, comme son nom l’indique. « Un pel excemple de la coobération eurobéenne. Ach ! ».
    Quant aux résultats de la collecte de la Banque alimentaire, qui sont peut être un peu modestes, mais ceci explique cela, je constate toujours que le plus grand nombre de participants se trouve dans la population la moins favorisée. Et si les dons sont forcément limités et parfois modestes, j’ai observé leur volonté de participer à cette manifestation de solidarité envers de plus malheureux qu’eux.
    Participation de beaucoup de « boomers » aussi malgré toutes les accusations d’égoïsme dont ils sont l’objet.
    C’est d’ailleurs surtout grâce à la contribution de beaucoup de retraités que de telles actions d’aides sociales peuvent être organisées.
    Quant au service militaire, l’intox joue à plein régime, il me semble que l’on est en train de mettre au point une nouvelle version de « Martin qui criait au loup ».
    Et puis il y a beaucoup de jeunes gens qui semble t-il qui ont envie de jouer au petit soldat, en perdant de vue que la « vraie guerre » ce n’est pas une partie de « paint ball ».

  2. faconjf

    Bonjour,
    nous récoltons les fruits de longues années d’archipélisation de notre pays et notre grand timonier ferait bien de se souvenir de la phrase du grand timonier chinois  » chaque chose porte sa contradiction en elle-même ». Le principe de diviser pour mieux régner reste la règle de conduite des gouvernants depuis des siècles oubliant de ce fait l’indispensable unité autour des valeurs républicaines qui ont sauvé l’honneur de notre pays pendant l’occupation. La contradiction est pourtant bien présente dans la « renaissance » d’un service militaire honnit pendant qu’on y était et magnifié des années plus tard. Contradiction aussi des droitards qui réclament le retour du pseudo creuset d’une jeunesse unie dans la défense de la nation fantasme stupide à mon sens. Ce sont les mêmes qui réclament la réduction des fonctionnaires qui de facto vont en créer des milliers sous uniformes pour encadrer les appelés. Sans parler de la gabegie de moyens à développer pour héberger, habiller, nourrir tout ce monde. Si l’ancien service milliardaire à 47 centimes de franc par jour à mon époque a disparu c’est pour des raisons économiques d’abord et aussi parce qu’il était totalement inégalitaire car c’était bien le piston et le clientélisme politique qui tordaient les règles pseudo-égalitaires. Les « progrès de la guerre » dite moderne étaient aussi contradictoires au principe du nombre permettant d’aligner des troufions en nombre considérable face à la machine à secouer le paletot. Le principe des guerres actuelles est plus d’estropier que de tuer des fantassins, ainsi la nécessité de mobiliser les secours est maximale car il faut souvent 3 personnes minimum pour secourir un blessé alors que si le fantassin est mort on peut marcher dessus c’est sans importance. Dans la guerre dite moderne le cynisme est la règle et l’arrivée de myriades de drones en est l’illustration sur les fronts actuels. Inutile de parler aux défenseurs du « nouveau » service national de leurs contradictions ils sont décervelés par les merdias refusant de voir les centaines de milliers de militaires estropiés dans une guerre inutile. Le drame c’est que cela fonctionne puisque sa majesté le méprisant est gratifié de quelques points de satisfaction supplémentaires dans les sondages sacrés et consacrés à manipuler l’opinion.
    Les questions essentielles sont systématiquement éludées ou noyées dans des faits parfaitement anecdotiques du genre  » Bartoidela » enfariné et victime d’un œuf n’attend plus que le lait pour confectionner une crêpe à l’andouille. Perso je préfère la galette à l’andouille mais pour cela il faut de la farine de sarrasin double sacrilège dans ce cas!!
    La laïcité quand à elle est bien oubliée même par ceux qui se prétendent de gôche. Voir la prestation de Gluglu face à un zemmour aux anges devant l’inanité crasse du prince consort de Léa « Salemoment ». C’est désespérant de voir comment nos valeurs ont fondu comme neige au soleil…
    Bonne journée

    1. J.J.

      « un service militaire honnit pendant qu’on y était et magnifié des années plus tard. »
      Avis mitigé, j’ai de bons souvenirs de la camaraderie que j’y avais trouvée, des soirées et des dimanches passés à Paris, ou simple « civelot », je n’aurais pas eu les moyens de me « faire » le Louvre tous les dimanches.
      Bon souvenir également des « voyages » en mission à travers toute la France où j’ai découvert des régions que je n’aurais probablement jamais visitées.
      Pour les gradés aussi, très mitigé, au début, responsable du secrétariat de compagnie, j’avais la confiance des officiers, on me confiait pas mal de responsabilités.
      Refrain différent lorsque je me suis trouvé dans une unité de « transport et logistique opérationnel » où j’avais droit systématiquement aux corvées, garde, piquet d’inter, service semaine, etc.
      Il est vrai que j’arrivais d’une unité connue pour avoir mis la crosse en l’air à Sidi Bel Abbés.
      Le pitaine et l’adjudant de compagnie me reprochaient d’être « trop familier avec « mes hommes ». Il est vrai que je les ai toujours considérés comme des camarades et non des subalternes, qui m’ont toujours obéi, contrairement à ce que me prédisaient mes « supérieurs ».
      Ça a d’ailleurs failli mal finir : le secrétaire du commandement, un collègue, m’avait averti que j’avais intérêt à faire au plus vite ma « rotation de démobilisation », il gardait sous le coude la condamnation à 1 mois d’arrêts de rigueur(suite à 8 jours d’arrêts avec demande d’augmentation qui était remontée au gégène) qui m’avait été infligée, suite à une dégradation de matériel dont je n’étais évidemment pas responsable, mais l’occasion était trop belle pour me coincer.
      Quand le « document est sorti », j’étais heureusement loin.
      « Si l’ancien service « milliardaire » à 47 centimes de franc par jour à mon époque a disparu… »
      Quand j’ai été incorporé c’était 15 centimes pour un bidasse, 60 pour un « margi ».
      Bonne soirée.

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