La cacophonie débridée et sans ligne directrice avec des alliances à géométrie variable et incompréhensible ; les calculs de boutiquiers à la petite semaine ; l’irresponsabilité organisée et la trouille de perdre sa place instituée comme une référence politique rend le débat budgétaire illisible. C’est du pancrace ! C’est du Gloubi bougla sans Casimir ! C’est la caricature du débat en vase clos. On tire à hue et à dia sur les chiffres en appliquant la phrase de Didier Hallépée ancien polytechnicien passé à l’écriture : « les chiffres sont comme les gens. Si on les torture assez, on peut leur faire dire n’importe quoi. » Les milliards sortent du chapeau comme les lapins du chapeau du prestidigitateur et on s’étripent sur des recettes aussi hypothétiques que celles que l’on peut espérer d’un ticket d’Euromillions.
La politique française est à l’image de la société qui considère de plus en plus que « l’intérêt général n’est que la satisfaction des intérêts particuliers ». En fait l’essentiel c’est de marginaliser les uns et les autres en votant avec ceux qui sont contre et contre ceux qui sont pour. En fait tout le monde joue la montre pour des motivations diverses mais sans se soucier outre mesure des incidences sur la vie quotidienne de ceux qu’ils sont sensés représenter.
Derrière la valse des taxes retirées, ajoutées, décalées, rénovées, rabotées, renforcées se nichent fiscalement les malheurs de demain. Heureux de pratiquer un jeu d’échecs qu’ils n’ont jamais connu, les anciens dépités du 49-3 et les nouveaux adeptes du méli-mélo circonstanciel s’éclatent. Le Sénat se pourlèche les babines. Le Rominagrobis installé au perchoir attend avec délectation le budget rapiécé arrivant du Palais où le Bourbon coule à la buvette.
Hier il ya eu un grand mouvement de panique sur les bancs de ceux qui ne gouvernent plus rien. Les multinationales ont été les grandes vedettes de la nuit de la chasse aux privilèges que l’on ne parviendra pas à éradiquer. Les députés ont adopté coup sur coup deux mesures marquantes visant à taxer les bénéfices des grandes entreprises étrangères d’une part, l’activité des géants du numérique de l’autre. Un coup double semblable à celle du père de Marcel Pagnol dans la sainte Baume avec les bartavelles.
Le premier a concerné les fameux GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) en doublant la taxe qui cible les grandes entreprises de la tech la passant de 3 à 6 %. Dans un élan de justice fiscale les élus Renaissance avait proposé un taux de 15 % ! Or illico l’ombre de Schtrump taxeur est apparu au dessus de la Commission des Finances. Le grand pourfendeur de ces géants s’est lancé dans une diatribe enflammée : « Les géants du numérique doivent payer en France un impôt qui soit proportionnel à leur activité. Ils ont multiplié un certain nombre d’astuces légales pour faire en sorte que leur chiffre d’affaires et leur profitabilité ne soient pas connus ». Après une telle déclamation digne de celles du Jeu de Paume son amendement a ainsi recueilli 296 voix pour, contre 58.
Le vrai problème c’est l’impuissance crainte des États devant ces GAFAM qui se foutent pas mal de ces amendements qu’il savent inapplicables tant que les textes seront ce qu’ils sont et que les moyens donnés aux services de contrôle seront ceux de pilotes de 2cv alignés en Formule 1. quel que soit l’amendement n’a qu’une valeur théorique puisque la Loi des Finances ne prend sa valeur que quand les décrets d’application sont publiés.
Or il sera difficile de concevoir un texte d’application qui les coince sur leur système de domiciliation des bénéfices et le paiement à l’étranger. Mieux ils en rien à cirer car comme ils dominent de fait le marché ils refactureront aux utilisateurs les taxes supplémentaires. Et comme ils continueront en toute impunité à tricher leurs bénéfices seront améliorés.
Le pire c’est que cette décision a provoqué l’affolement à Bercy. S’attaquer aux GAFAM c’est égratigner les copains du Schtrump et donc réveiller le « taxeur » qui dort en lui. Dès qu’il en aura fini avec les Chinois sur le dos des Européens il rappellera à l’ordre ces vaniteux qui prétendent empêcher les vrais maîtres du monde de s’enrichir. Le ministre a tremblé : « Si on introduit une taxe disproportionnée, on aura des représailles disproportionnées ». « Soyez prudents, je vous en conjure (sic) ». Deux exhortations qui traduisent notre véritable indépendance.
C’est d’une hypocrisie totale, un jeu de postures sans intérêt. Le processus législatif tel qu’il est permet en première lecture de s’éclater tout en sachant que quoi qu’il advienne le gouvernement finira par imposer ce qu’il veut. Directement ou indirectement. Les GAFAM y veilleront !
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