Les responsables politiques de base qui ont eu à répondre à une enquête de la Cour des Comptes savent que ce n’est jamais un moment agréable. Quelle que soit la situation dans laquelle on se trouve et sauf à être totalement inconscient ou je je-m’en-foutiste, on vit des moments angoissants car nul ne peut être certain d’une gestion parfaite. Cette organisme public souffre pourtant d’un mal profond : ses recommandations ou ses prescriptions sont souvent ignorées et vite oubliées même si trois ans plus tard il faut justifier les mesures prises.
Pour ma part j’ai eu le « privilège » d’être ausculté sur la gestion communale de Créon et du centre communal d’action sociale créonnais, de l’EHPAD public de La Pelou, du Comité Départemental du Tourisme, du Conseil départemental par ricochet de mes fonctions de vice-président aux finances…Des heures et des heures à fournir des documents, des explications, des justifications pour arriver à des rapports équilibrés dont le dernier se résumait en une phrase signalant que la Cour n’avait aucune remarque à formuler. Je le garde comme un diplôme.
A l’échelon national les jugements se succèdent : tous plus alarmistes les uns que les autres, tous plus critiques sur les options prises par la haute administration, tous dévoilent des perspectives sombres pour les organismes auscultés. Des documents catastrophiques s’accumulent mais ils tombent dans l’oubli quelques jours après leur publication. Les sanctions n’existent pas alors que pour un élu celle des élections existe dans bien des cas. Les pires erreurs de gestion ne débouchent que sur… la continuité ! On en subit le résultat.
En deux jours deux rapports mettent par exemple en évidence les situations apocalyptiques de France Télévisions et d’EDF. C’est du lourd avec des retombées concrètes sur la vie quotidienne de millions de foyers. Et pourtant la France est scotchée sur le procès Jubilar, le Ballon en bronze doré de Dembélé et les drapeaux palestiniens sur les façades des Mairies. Révélateur du niveau de l’indifférence pour l’action publique ! Révélateur de la déliquescence provoquée par par des gouvernances totalement irresponsables. Révélateur de la noirceur de l’horizon. La Cour des Comptes ne cesse de lancer des alertes qui ne trouvent aucun écho dans les sphères élitistes de l’État. Pas responsables et surtout pas coupables.
Pour les radios et les télés le Président de la Cour présente un rapport de la manière la plus nette : « Le constat est sans appel : France Télévisions est dans « une impasse budgétaire ». Avec 81 millions d’euros de pertes depuis 2017, et 40 millions prévus cette année, l’entreprise publique est « dans une situation qui n’est plus tenable ». La faillite menace mais comme personne ne s’en soucie le vrai patrimoine immatériel que représente un service public de l’audiovisuel est menacé. Les causes sont les mêmes que celles qui conduisent les collectivités locales vers la défaillance assurée : les dotations globales budgétaires de l’État promises !
En supprimant la participation (très exonérée) des citoyens à ce service de plus en plus important face aux mastodontes médiatiques aux mains de milliardaires dont les volontés politiques sont désormais évidentes, la politique macroniste a plongé la démocratie dans le marécage. La cible de la Cour n’est pas la direction de France Télévisions. Sa présidente indique d’ailleurs en réponse que « France Télévisions souscrit à l’ensemble des recommandations formulées » dans le rapport et « travaille déjà à leur mise en œuvre ».
Pour les juges le coupable se situe dans « le dysfonctionnement de ses tutelles », autrement dit des gouvernements successifs qui ont mis l’entreprise en « instabilité financière » par une évolution erratique des crédits. L’État doit donc d’urgence « fixer une trajectoire financière réaliste ». Autant écrire que rien ne sera fait dans le contexte actuel et que France Télévisions coulera pour le plus grand plaisir de celles et ceux qui ne souffrent pas d’avoir encore un service « indépendant. » La privatisation réclamée par la « Droite-extrême » et « l’Extrême-Droite » ressort comme un leitmotiv absurde car on sait que c’est encore une fois la destruction du bien commun.
D’ailleurs le second rapport encore plus effrayant a étrillé EDF dont on sait combien elle devait prospérer après son dépeçage et la privatisation des lambeaux. Pas encore totalement connu le document de l’institution de la rue Cambon observe que le fleuron du monde de l’énergie est lui-aussi «confronté à d’importantes incertitudes sur sa capacité de financement à long terme», alors qu’il fait face à des besoins d’investissement atteignant 460 milliards d’euros (sic) entre 2025 et 2040.
Dans ce contexte, «le modèle de financement d’EDF devrait, pour préserver une trajectoire financière soutenable pour le groupe, être défini à partir d’une répartition claire de l’effort financier entre l’État, désormais actionnaire unique, EDF et les clients finaux», estiment les magistrats. Il ne sera plus possible de financer le nucléaire tel qu’envisagé. Un mur de dettes bloquera toutes les initiatives possibles ! La faute à qui ? A personne évidemment… Qui paiera ? Je vous laisse deviner.
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« les drapeaux palestiniens sur les façades des Mairies. »
Je trouve un peu dommage de mettre en parallèle le drapeau, donc le génocide en cours avéré de toute une population survivant péniblement dans d’effroyables conditions, l’affaire Jubillard qui traite également d’un grave cas, même s’il est local, et le « ballon en bronze doré » qui n’est qu’une version moderne du « panem et circences », bien que le « panem » soit parfois bien rare pour certains.
Ce qui « m’interpelle » d’ailleurs dans l’affaire des drapeaux palestiniens, c’est l’interdiction qui est faite de les afficher, alors qu’ont fleuri et fleurissent encore les drapeaux jaunes et bleus, qui apparemment n’ont causé aucun désordre public(il y aurait pourtant beaucoup à dire à ce sujet).
Un peuple qui souffre quel qu’il soit, n’a t’il pas droit à la même compassion ?
Où est l’objectivité la dedans ?
Pour revenir au sujet, avec la fin programmée des services publics (sauf les forces de répression), nous assistons à un recul pluriséculaire de la citoyenneté et de la perspective d’une phénoménale banqueroute dont les victimes seront toujours les mêmes.