Mon nouveau livre « La Belle Epoque du crime » (Editions La geste) est parti dans toutes les librairies et peut-être commandé en librairie ou sur toutes les plateformes. Il n’a pas été écrit par hasard mais avec un volonté de revenir sur le passé en matière d’insécurité. Voici mes explications
Après le large succès de votre roman « Les 9 vies d’Ezio » pourquoi vous lancer dans le « polar historique »?
J.-M.D. : Avec les 9 vies d’Ezio je voulais témoigner sur la constance du phénomène de l’immigration et rappeler les difficultés d’un homme confronté à l’Histoire pour se construire un avenir. Toujours attentif à l’actualité j’ai été frappé par l’importance grandissante des faits divers dans les médias et leur surexploitation médiatique. L’insécurité portée par ces événements conditionne désormais la vie publique. Il m’a semblé intéressant de revenir cent ans en arrière et de rechercher quelles étaient les données en matière de criminalité sur un territoire donné. En trente ans (1880-1911) j’ai retrouvé plusieurs dizaines de meurtres, d’assassinats ou de crimes dans les communes autour de Créon. Je n’en ai reconstitué que cinq que j’ai considérés comme révélateurs de la situation durant ce que l’on a appelé plus tard « La Belle Epoque ». Elle ne l’était pas tellement en Entre-Deux-Mers loin de Paris ! Entre 1981 et 2021 il n’y a eu sur le même territoire que quatre crimes ! Cherchez la différence !
Quel est votre constat sur la Belle Epoque ?
J.-M.D. : La violence criminelle apparait comme bien plus élevée que celle que nous connaissons. La population est angoissée et révoltée par des horreurs répétées. La guerre entre gendarmerie et police est réelle ; la justice est accusée de lenteur et de laxisme ; les élus locaux sont en première ligne ; les journaux cherchent le sensationnel ; l’argent est au cœur des crimes ; des réseaux d’opinion se constituent sur la rumeur et alimentent les haines. le spectacle du crime fait recette dans la presse; leur exploitation politicienne est intense. Est-ce vraiment différent de l’époque que nous traversons… L’écart repose sur le niveau de médiatisation des faits divers actuel.
Quelles étaient alors les conséquences politiques de ces situations ?
J.-M.D. : Au début (1880-1885) la III° République est branlante et bousculée par des affaires graves (Dreyfus, Boulanger, séparation église-Etat, l’antisémitisme, le nationalisme, l’anarchisme, les « Apaches », la fragilité économique…) et cette insécurité avérée joue un rôle prépondérant dans les scrutins électoraux. La République ne se stabilisera que difficilement autour de valeurs essentielles et de grandes réformes. En réorganisant les services liés à la lutte contre le crime (Les Brigades du Tigre), en restructurant la justice, les gouvernements des Radicaux surmonteront les difficultés et imposeront une vraie démocratie forte et claire dans ses options.
Comment avez-vous travaillé pour reconstituer ces enquêtes ?
Volontairement je me suis d’abord appuyé sur l’abondante presse écrite de l’époque car elle modelait et influençait l’opinion. Ensuite j’ai confirmé ce que je lisais par un travail sur les archives. J’ai enfin choisi le récit pour rendre l’ouvrage plus attrayant. Ces crimes sont à la fois horribles pour certains mais révélateurs de la vie rurale (misère, alcoolisme, délation, cruauté) bien différente de celle de Paris. L’écart ne cesse de grandir. Le nationalisme monte et les guerres rodent. La défiance dans les prérogatives de l’Etat (police, justice) monte.
Est-ce à proprement parler un polar?
Non mais c’est un reconstitution d’une ambiance, d’un contexte et d’une réalité sociale et sociétale. Il y a les faits et ce qu’ils révèlent. J’ai préparé une rencontre mémoire sur ce contexte et j’espère pouvoir la présenter dans le cadre de la transmission citoyenne gratuite qui me tient à cœur.
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« « La Belle Epoque ». Elle ne l’était pas tellement en Entre-Deux-Mers loin de Paris ! »
Même à Paris, l’Époque n’était belle que pour certains, toujours les mêmes, et que dire de la province en général ?
« Les escaliers de la butte sont durs aux miséreux. »
En Belgique non plus, ce n’était semble t-il pas toujours « la joie », au temps ou « Bruxelles bruxellait », que chanta Jacques Brel.
Comme les « Trente Glorieuses », même si pour beaucoup ce fut une période de progrès social, d’accès à un certain confort, et pendant laquelle l’ascenseur social fonctionnait, « certains » comme d’habitude en profitèrent à satiété.
Pour illustrer ton propos : la « une » de la Charente Libre ce matin : « Des coups de feu échangés à Soyaux dans la nuit, une jeune femme de 21 ans touchée au bras. »