Lors du congrès de la Fédération Nationale des Courses hippiques à laquelle j’ai eu le privilège d’assister, diverses communications ont été proposées à plus de 250 participants représentant les associations locales d’organisation des épreuves en France. L’une d’entre elles a évoqué le dopage dans ce secteur de l’activité… sportive. Quel rapport direz-vous entre celui que l’on pourrait pratiquer sur les chevaux et celui qui serait installé chez les humains ? Apparemment aucun sauf que les problèmes sont exactement les mêmes et les pratiques se ressemblent étrangement.
Trois éminents spécialistes du laboratoire national en charge de la détection de ces pratiques ont dressé un tableau instructif sur cette course permanente entre ceux qui utilisent des produits illicites nouveaux et les médecins biochimistes en charge de les détecter. En vingt ans par exemple ces derniers sont passés de 452 molécules cherchées à… 1782. C’est illustrer concrètement cette chasse épuisante aux progrès incessants des « dopeurs » imaginatifs. Le directeur des recherches a expliqué qu’en plus des produits « connus », il fallait que ses services s’intéressent en permanence à ceux qui arrivent en permanence de l’étranger. « Nous nous les procurons par des moyens détournés, nous les achetons et nous les analysons avoua-t-il grâce à des renseignements fournis par nos collègues des organismes officiels en charge de la surveillance à un titre ou un autre du marché. Mais nous pouvons avoir du retard! »
Il cita l’exemple d’une fiole souvent montrée dans les dénonciations parvenant au laboratoire ou sur les réseaux sociaux comme non recherchée par ses troupes scientifiques. « Il suffit que l’on « poste » un flacon vide pour que la suspicion s’installe à notre égard. On nous accuse alors très vite de ne pas être capables de déceler les fraudes commises avec son contenu. Or quand on l’examine scientifiquement ce n’est parfois que du sérum physiologique que l’on a injecté comme dopage et qui est donc sans aucun effet. L’étiquette n’a rien à voir avec le contenu et l’acheteur s’est fait berné. D’autre fois il faut l’admettre la même fiole est constituée de substances interdites ! La rumeur ou la délation ne constituent pas pour nous des preuves. » Cet aveu avait l’air de l’agacer. La science semble impuissante face à cette propension à accuser qui gagne du terrain dans tous les secteurs de la vie sociale.
Il déclina d’impressionnantes statistiques sur le nombre des prélèvements et de contrôles effectués pour un résultat de moins de 1 % de détections positives. La coopération mondiale et européenne tourne à plein régime mais le scepticisme persiste surtout dans le Sud-Ouest des courses avec la proximité avec l’Espagne et le Portugal, pays dans lesquels des progrès seraient à encore faire.
« Notre laboratoire a été labellisé par l’APAVE sur ses méthodes et ses recherches ajouta le responsable. Nous avons été désignés au plan international lors des jeux olympiques pour les contrôles. Il nous faut toujours et toujours courir après des nouveautés dans tous les secteurs ». Il raconta que par exemple depuis quelques années ses techniciens se sont spécialisés dans le suivi… des pigeons voyageurs que l’on dopent en mettant des adjuvants dans leurs abreuvoirs afin qu’ils volent plus longtemps et plus vite. A croire que les techniques dopantes sont partout ! Les drogues aussi.
Le spécialiste avoua que certaines pratiques rendaient les tricheries indécelables. « Il est possible qu’un produit administré au départ d’une course, selon son dosage, sa vitesse d’administration, sa teneur devienne indécelable à l’arrivée. Ce n’est pas une question de composition mais d’adresse au moment de l’administration ». Cette franchise ne manque pas d’interroger sur le monde du sport. « C’est très bien réalisé et je suis contraint de vous dire que c’est possible ! » lâcha le médecin biochimiste. Rappelons qu’il s’agit de chevaux… et que comparaison n’est pas raison avec le sportif de haut niveau. Mais enfin… cet exemple aiguise la curiosité.
Désormais la pratique du prélèvement a changé. Elle reste toujours aléatoire mais peut avoir lieu avant le départ ou à l’arrivée avec sang et urine. Il est possible aussi que les autorités locales choisissent elles-mêmes des ajouts ce qui renforcent la fiabilité des contrôles dans le milieu hippique. Certaines interventions ont également aux entraînements. Le budget de cette stratégie n’est en rien dépendant de crédits d’État ce qui lui permet d’espérer survivre dans le contexte budgétaire actuel. Les soixante techniciennes et techniciens qualifiés qui mettent en œuvre ce programme et les recherches très pointues que mène la structure sont financées par la filière elle-même sans un euro public. Or le déficit des sociétés mères qui le supportent s’annonce abyssal -50 millions- via le PMU en 2026.
Le parallèle avec la lutte anti-dopage sur certaines épreuves ou championnats « humains » est inévitable. Dans le sport (12 millions de pratiquants) c’est un programme annuel de contrôles reposant sur seulement 12 000 prélèvements (hors échantillons collectés dans le cadre des Jeux).Le rugby est le sport où le plus de cas positifs ont été détectés cette année bien qu’il soit loin d’être celui qui présente le plus haut taux de détection de substances interdites par contrôle. On en parle peu. On est beaucoup plus performant dans la filière hippique… où on semble plus à cheval sur les principes.
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Voilà un texte salutaire alors que la lutte antidopage dans le sport semble marquer le pas depuis plusieurs années, comme si les scandales avaient dissuadé les contrôleurs. On a vu lors du dernier Tour de France que les performances n’ont jamais été aussi élevées. Or, lors du scandale Festina en 1998, il était admis qu’on pouvait assister à une course moins rapide mais plus propre. Vaste fumisterie. Il y a toujours un temps de retard pour la lutte antidopage face à des chercheurs toujours en pointe pour améliorer les performances, même si celles-ci ne dépendent pas uniquement de la pharmacopée. Du côté des organisateurs, priorité au spectacle avec des épreuves et des compétitions toujours plus dures. Et le public en redemande. A mon sens, le dopage est consubstantiel du sport spectacle. Les entités du football, qui multiplient les compétitions, se moquent bien de la santé des joueurs.
Vous appelez ça du sport ?
Ce ne sont pas les chevaux et les athlètes qui en définitive sont les gagnants des courses et matchs.
Il semble que la compétition se place plutôt au niveau des « chimistes retors, producteurs du jaja le plus efficace », et l’habilité des service de contrôle à le détecter.
Les fraudeurs ont généralement une longueur d’avance. La compétition est dans les laboratoires, plus sur le terrain.
Une occasion de plus de désespérer de l’humanité.