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La carte de presse a perdu bien de son sens

J’entendais dans l’un des nombreux débats les « grandes gueules » ou les « experts » trustant les places pour influer sur l’opinion dominante en lui donnant en pâture des constats plus ou moins préfabriqués. Désormais les invités ne le sont en effet que pour conforter une ligné éditoriale ou pour apporter de l’eau aux moulins à paroles que sont les présentateurs.

Les « pourvoyeurs » qui chaque jour préparent les « plateaux » cherchent pour les satisfaire des figures stéréotypées ou caricaturales afin de conforter l’image que l’on souhaite donner de la tendance qu’ils représentent. Il suffit de compléter par quelques micros ou caméras trottoirs dont les réponses accentuent cette information orientée pour obtenir un « produit » d’information réputé neutre alors qu’il est fortement orienté.

Cette pratique qui ne se cache même plus et permet d’afficher des opinions devient d’autant plus préoccupante qu’elle s’applique sur des groupes possédant toute la gamme des supports. La constitution de ces holdings de l’info biaisée n’a jamais alarmé outre mesure les responsables politiques qui s’en accommode très bien. La déclinaison sous des formes diverses d’une conception partisane de la vie sociale se transforme en poison indolore mais pas incolore pour des pans entiers de la population.

Les « invités » voyagent d’une radio à l’autre, d’in télé à l’autre et complètent parfois leur tournée par un entretien accordé à quelques journaux références. Ce sont toujours les mêmes. Ils viennent pour apporter leurs punch lines ou les stéréotypes d’une France réputée comme ayant basculée à droite. Par exemple le Maire de Béziers vulgaire et démago au point de réduire les extrémistes de tous poils à de simples figurants vient quelques jours par semaine accompagner sa députée préférée dans la capitale. Il en profite pour déverser ses outrances simplistes qui déshonorent tous ceux qui possèdent une carte de presse. Effarant !

Le « puisatier du Fou », vendéen historique, a des pratiques similaires. Il inonde la chaîne qui l’emploie de ses considérations politiques en tant que présentateur d’une émission. Il a eu l’audace de se plaindre que l’ARCOM comptabilise son temps de parole au titre de « Divers Droite ». Encore une fois la confusion des « métiers » (journaliste, présentateur, communicant, consultant…) débouche sur des situations n’ayant plus aucune éthique.

On en arrivera à ce que le journalisme n’existe plus et qu’à la télé ou à la radio on devienne incapable de repérer quel est le professionnel. D’ailleurs c’est déjà le cas puisque quelques cartes de presse se sont égarées dans des poches ravies de les accueillir. Des célébrités ont ainsi obtenue ce sésame indispensable pour des jeunes en galère ou même souvent des pigistes éternels avec facilité. Les critères d’attribution ne permettent pas vraiment d’effectuer la différence entre « chroniqueurs » attitrés et « journalistes ».

La commission en charge du tri se base sur le fait qu’ il faille « exercer la profession depuis trois mois au moins consécutifs, et tirer de cette activité le principal de ses ressources, c’est-à-dire, plus de 50 %. Naturellement, les fonctions exercées doivent être de nature journalistique. Enfin, l’employeur doit être une entreprise de presse (écrite ou audiovisuelle) ou une agence de presse agréée.» Heureusement les ex-ministres, ex-parlementaires, ex-généraux, universitaires ou patrons ont déjà un niveau de revenus qui place la barre de plus de 50 % venant de leur activité de consultants trop haute pour qu’ils réclament la carte. Les vacations sont pourtant assez coquettes.

Durant les années 80, « Droit de réponse » de Michel Polac mobilisait des milliers de téléspectateurs. Elle restera comme une émission d’expressions libres diversifiées mais qui parfois viraient à la pagaille désopilante. J’ai personnellement était invité de «  la marche du siècle » de Jean-Marie Cavada qui était d’un tout autre genre. Toutes deux étaient « dirigées » par des journalistes aux approches très différentes mais autrement plus exigeantes que celles des bateleurs de foires de la TNT. C’est rétro et sans intérêt.

L’information audiovisuelle bascule en effet dans le spectacle et donc dans la mise en scène. Les changements de tête dans les principaux JT ont été utilisés pour tenter de récupérer des audiences ne progressant plus. La « vraie » info n’intéresse plus. Il faut du trash, de la polémique, du simplisme confortable, de la croyance facile, du renfort pour les idées nauséabondes. Et pour y parvenir il n’y a pas besoin de carte de presse.

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Cet article a 4 commentaires

  1. J.J.

    J’apprécie assez l’émission « C dans l’air » qui reçoit des invités de tout bord (enfin pas trop d’un « mauvais bord réputé gauchisant »).Je regarde aussi le 19/45 de la 6, (pas plus ni moins objectif qu’un autre, mais pour sa brièveté).
    Je termine par le journal d’Arte(enregistré) qui donne davantage de nouvelles internationales et qui peut être intéressant quand on fait abstraction de ses attaches teutonnes, de la soumission aux diktats étasuniens et de son président du conseil de surveillance « l’inénarrable Bernard-Henri Lévy » (sic, pêché dans la presse) alias professeur Botul.

  2. faconjf

    Bonjour,
    je lis ce communiqué  » Ce jeudi matin, le Syndicat national des journalistes dénonce dans un communiqué de presse « une attaque en règle contre la liberté d’informer et d’être informé ». Et annonce avoir mandaté un cabinet d’avocat pour déposer une requête en urgence devant le Conseil d’État et un dossier au fond d’ici fin septembre. Le SNJ appelle toutes les organisations attachées aux libertés fondamentales à le rejoindre dans cette procédure pour lutter contre cette menace qui vise à museler la presse. »
    Ah bon ! et de quoi est-il question ? Le ministère de l’Intérieur vient de sortir son « Schéma national des violences urbaines », véritable mode d’emploi d’action-réaction des forces de l’ordre durant les émeutes. Au passage, le document valide l’interdiction de la presse lors de ces évènements. Les syndicats de journalistes déposent un recours devant le Conseil d’État contre cette attaque en règle contre la liberté d’informer et d’être informé.
    Quand je vous disait hier que c’est la panique au sommet …
    Contactée par L’Humanité, Soraya Morvan-Smith, secrétaire générale adjointe du SNJ-CGT, alerte sur l’importance de ce document publié à la veille des contestations sociales du 10 septembre. « Le ministère de l’Intérieur dit que le document a vocation à répondre à toutes les situations de violences urbaines, jusqu’aux émeutes insurrectionnelles, caractérisées par une très haute intensité. Cela ouvre la porte à un usage dérogatoire à peu près dans toutes les manifestations. Et pose la question : Un journaliste est-il interdit d’avoir accès à certaines zones en France ? Certaines zones qui sont sur la voie publique, quand même. Pour nous c’est une grave attente à la liberté d’informer. »
    La liberté d’informer, mais à quoi ça sert? Au fond à Gaza si vous êtes journaliste indépendant et que vous rapportez des éléments factuels, c’est dangereux pour Tsahal. Par mesure de sécurité et pour anticiper toute violence nuisible à l’État d’Israël il est parfaitement légitime de viser les journalistes. La liberté d’informer on peut bien s’en passer, voyez comme les gazaouis vivent heureux sous les bombes amicales des libérateurs de Gaza.

    Il me semble que ces bonnes idées ont largement percolées sous les casques français. Pendant l’épisode des GJ de nombreux journalistes avaient été victimes de nassage de gazage et de matraquages, sans parler des agressions de manifestants hostiles à la presse.
    Dites-moi, j’ai comme un doute au sujet du projet de notre super « Mac-Ronds trouposol » et de la force qu’il compte déployer en Ukraine (dite de réassurance). Vous croyez que les journalistes pourront faire leur métier là-bas?
    Le conseil d’État va-t-il se pencher sur le sujet et ne pas s’endormir profondément ?
    J’ai des doutes, j’ai des doutes et ce ne sont pas les vedettes de l’entertainement ( coucou Léa S.) qui vont les lever.
    Bonne journée

    1. J.J.

      « Vous croyez que les journalistes pourront faire leur métier là-bas ? »
      Bien sûr à la condition_ sine qua non_ d’être « embeded » avec toute l’objectivité qui peut en découler.
      Je vois d’ailleurs d’un très mauvais œil cette initiative de nos va-t’en-guerre européen sous l’égide de la Hyène et du général d’opérette Trouposol.
      Aller chatouiller l’ours en faisant semblant d’ignorer les conditions exigées par la Russie pour entamer des négociations me semble particulièrement imprudent. Il faut savoir lâcher du lest.
      « Quand on crache en l’air, ça vous retombe sur le nez. »
      Salut et Fraternité

  3. Hervé Mathurin

    Difficile de te donner tort sur ce point, Jean-Marie. Mais ces dérives ne concernent pas que les célébrités. On a vu lors des manifestations des gilets jaunes des reporters-manifestants user de leur caméra ou de leur appareil photo à des fins militantes, et excipant de leur carte de presse généreusement accordée par la commission ad hoc au titre de « free lance ». Et sans contrôle a posteriori.

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