La vieillesse est aussi un naufrage financier

Une vieille dame digne de 94 ans, résidente de l’Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) « Villa Beausoleil » à Chaville (92) a été conduite dans une ambulance vers le domicile de l’un de ses enfants, situé à Brou (Eure-et-Loir). Selon l’établissement, la personne et sa famille ne s’étaient pas acquittées des frais d’hébergement depuis plusieurs mois (40 000 €). Trouvant porte close, la direction de l’établissement a décidé de confier la nonagénaire aux urgences de l’hôpital le plus proche, à Châteaudun. Une synthèse parfaite de la situation du « marché » des personnes âgées dans une société qui ne veut pas voir la réalité en face… celle de l’allongement de la durée de la vie, considérée comme un bienfait lorsqu’elle n’implique pas de la dépendance ! Pas une seule personne n’envisage une fin de vie altérant sa lucidité, sa mobilité, son autonomie… et l’empêchant, dans les faits, de couler des jours paisibles chez elle. Nous ne rêvons que de vieillir… jeunes, et nous refusons globalement d’envisager un seul instant les conséquences de l’entrée dans le 4ème âge ! Il découle inexorablement de cette situation un vieillissement à deux vitesses puisque, de plus en plus souvent, depuis quelques années, l’entrée dans un Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes (EHPAD) se décale dans le temps. On n’envisage cette solution, soit-disant, que quand la situation « médicale » devient insupportable au domicile.
En fait, le constat que je fais très souvent, c’est que ce refus cache une angoisse inavouée : la peur de ne pas pouvoir acquitter les frais d’un séjour, largement supérieurs au montant des retraites. Et c’est particulièrement vrai pour les femmes octogénaires actuelles, qui ont souvent peu travaillé ou travaillé sans être… déclarées (épouses d’exploitants agricoles, d’artisans, de commerçants, employées de maison exploitées, ouvrières d’usine de textile, de chaussures, de couture…). Ces gens-là savent que le montant de leur maigre retraite leur vaudra l’admission à l’aide sociale, certes, mais qu’elles devront aussi… faire appel à la contribution de leurs enfants et petits-enfants, en fonction des revenus de ces derniers. Et ce, dans une époque où on tire le diable par la queue… Il faut souvent « creuser » et instaurer un vrai rapport de confiance pour obtenir que les gens confient ce motif pour expliquer leur refus d’aller vers des structures spécialisées. Or, quand arrive la « catastrophe » (chute, hospitalisation, progression rapide de la maladie invalidante, isolement total…) il n’y a pas de place d’accueil disponible, et la détresse familiale est terrible ! Il fut une époque où j’étais sollicité pour « aider » à obtenir une place en structure collective d’accueil par les enfants. En 2012 pas une seule sollicitation dans les permanences, alors que j’ai dû faire face à une bonne vingtaine d’appels au secours pour un aïeul à « héberger » du jour au lendemain.
Les urgences servent souvent d’ailleurs de « centres de triage » pour ces personnes (comme c’est le cas dans la situation de la vieille dame expulsée) dont, je suis désolé de l’écrire, on « ne sait plus quoi faire ! ». On recherche alors, à la hâte, un havre à n’importe quel tarif ! Brutalement apparaît la « loi du marché » entre des établissements à but lucratif (grandes entreprises spécialisées, ayant investi sur le vieillissement) avec la notion sous-jacente de « profit » effectué sur ces situations complexes. C’est la résultante de cette réalité qui est en filigrane dans l’histoire affreuse de cette « expulsée » pour impayés, car il apparaît vite que des conflits intra-familiaux ou entre les gestionnaires et la famille, pénalise finalement la détentrice, par un contrat personnel, d’une chambre considérée comme son « domicile ». Il aura fallu cette faute inexcusable d’un établissement pour qu’éclate la vraie situation des personnes âgées dépendantes dans notre pays… Il est urgentissime de prendre conscience de cette réalité, car si les tendances démographiques récentes se maintiennent, la France métropolitaine comptera 73,6 millions d’habitants au 1er janvier 2060, soit 11,8 millions de plus qu’en 2007. Le nombre de personnes de plus de 60 ans augmentera, à lui seul, de plus de 10 millions. En 2060, une personne sur trois aura ainsi plus de 60 ans !
Jusqu’en 2035, la proportion de personnes âgées de 60 ans ou plus progressera fortement, quelles que soient les hypothèses retenues sur l’évolution de la fécondité, des migrations ou de la mortalité. Cette forte augmentation est transitoire et correspond au passage à ces âges des générations du baby-boom. Après 2035, la part des 60 ans ou plus devrait continuer à croître, mais à un rythme plus sensible aux différentes hypothèses sur les évolutions démographiques. Mais peu importe, le sentiment général c’est que cet avenir devra être assumé par les générations futures… car nous sommes très préoccupés par la fuite du cerveau Depardieu… ou par le montant de ce que nous devons payer en faveur de la solidarité active (730 millions pour toutes les formes en Gironde en 2013, dont près de 39 000 dossiers APA). Michèle Delaunay a le poste ministériel le plus important…mais aussi le plus difficile !

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Cet article a 9 commentaires

  1. Jean-Marie Darmian

    Avez vous du mal chers amis à poster vos commentaires

  2. isabelle

    scandale

  3. isabelle

    honteux

  4. goupil

    Finalement, le fils médecin a pu placer cette dame âgée dans un établissement près de son domicile: peut on utiliser les vocables « mère » et « fils »?
    Le différent financier entre les parties, EPAHD et famille de la personne, a abouti à cette situation honteuse pour elles deux, un bluff de joueurs de pocker: nauséeux quand on constate les faits!!!
    On croyait que ce type de pratique ne pouvait être rencontré que chez des sociétés barbares, des milieux dits « socialement défavorisés »! Doit on en déduire que plus le « socialement défavorisé » , on constate un délabrement des valeurs humaines, sans même évoquer la disparition d’une dimension affective ou du devoir de solidarité intra familial, QUEL QUE SOIT LE NIVEAU DE VIE OU LA CATEGORIE SOCIO -PROFESSIONNELLE des personnes concernées.
    Ceci n’enlève rien à l’intérêt de la tribune et aux autres aspects évoqués dans celle-ci.

  5. MLG

    Etant Chavilloise, j’aurai préféré que CHAVILLE ne soit connu que pour son muguet.
    Le traitement infligé à cette personne reste indigne et abérrant; sa famille est indifférente et démissionaire.
    La VILLA BEAU SOLEIL est un établissement de luxe équipé de structures qui feraient la joie de personnes valides. Les pensionnaires sont en majorité handicapés et ne peuvent les utiliser .
    Le prix moyen pour accéder à cet établissement est de 3600€ par mois. Quelle catégorie de personnes peut y accéder ?
    L’edile de CHAVILLE (qui habite HOUDAN (78)) fait des vacations le jeudi, se fait photographier lors de petits évenements… Comment peut-il savoir ce qui se passe dans cet établissement, pourtant il doit faire partie du conseil d’administration.
    Espérons qu’une solution humaine pour le bien de cette personne soit trouver rapidement.

  6. No comment

    60 ans en 2060 ! Bah moi j’en aurai 99 !
    Mais je ne saurai faire de commentaire…
    2033, année Gironde certainement, serai-je encore là ? 2023, départ à la retraite ?
    Cela reste à voir.
    Sachant qu’en 2013, je ne suis même pas fichu de savoir de ce que sera fait après-demain.
    Alors ma réflexion sur l’avenir gériatrique d’un couple de chômeurs quinquagénaires n’est pas à l’ordre du jour.
    Décroissance partielle pour permettre à nos enfants de poursuivre leurs chemins sur une Terre déjà trop dégradée…Avec des valeurs de partage, de liberté, de fraternité et si, si on y croit encore d’égalité !

  7. J.J.

    «  »On croyait que ce type de pratique ne pouvait être rencontré que chez des sociétés barbares, des milieux dits « socialement défavorisés »! » »

    A priori, étant donné la situation sociale du fils, on est en droit d’estimer qu’ils appartiennent au monde des plus ou moins nantis.

    Et c’est justement le cas : on peut bien dire qu’avec ces gens là, on est en présence d’ne société barbare.

  8. Bonjour,
    Ouhaipp!! tout ça sent très fort la journée supplémentaire de travail forcé non rémunérée avec un très fort goût de cadeau patronal déguisé… Les bons sentiments et l’indignation de circonstance servent à cautionner l’idée d’un nouveau tour de vis social douloureux, pour certains, mais nécessaire pour engraisser les tenants des maisons de retraites privatisées. Une double angoisse pour la fin de vie, un mouroir à prix d’or à la charge de sa descendance et la crainte de mauvais traitements que l’on ne peut plus que subir. Que fait l’IGASS ? Des rapports que personne ne lit.
    Bonne journée

  9. téléphone senior

    C’est une réflexion très juste!Les personnes âgées sont souvent laissées à l’abandon car elles ne sont plus productives et coûtent chères. A qui revient la responsabilité?

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