Visite citoyenne pour mettre fin à la dépendance technocratique

Mme Terraza, octogénaire et présidente du conseil de vie sociale a pu véritablement échanger directement et posément avec un ministre! Un grand moment pour celles et ceux qui croient à la citoyenneté !

Depuis que j’exerce une fonction élective, la ville de Créon a reçu de multiples visites de ministres en exercice (Catherine Lalumière, André Labarrère, Michel Rocard, Louis Mermaz) pour des inaugurations ou des poses de premières pierres. Cette fois, Michèle Delaunay, Ministre déléguée aux personnes âgées et à l’autonomie ne venait que pour dialoguer avec les personnels de l’établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes ainsi qu’avec les élus locaux. Rien de très officiel dans la démarche. Pas de déploiement ostentatoire de forces de l’ordre et surtout un nombre réduit de présents afin que ce soit une véritable visite de travail. C’est peut-être ça la différence avec des ministres compétents techniquement comme Michèle Delaunay. Elle n’est pas dupe et a témoigné d’une volonté profonde d’entrer dans la réalité en étant consciente que les ministères constituent parfois des tours d’ivoire, gardées par des cerbères technocrates, qui passent l’essentiel de leur temps à empêcher celles qu’ils servent d’appréhender les vrais problèmes. Et dans le secteur de la dépendance des personnes âgées, l’avenir repose sur la capacité qu’elle aura de persuader l’opinion publique que l’allongement de la vie entraînera des obligations… financières de solidarité ! La visite créonnaise s’inscrivait dans une réflexion en cours sur ce thème, qui débouchera en 2014 (il est vain de se voiler la face et de pousser des cris d’orfraie) sur une augmentation de la CSG… mais dont le montant sera lié au niveau de la prise en charge accepté par la société.

En fait, dans le contexte actuel, malgré tous les efforts effectués pour ce que l’on appelle pudiquement le « maintien au domicile », il faut bien admettre que face à certaines maladies dégénératives la situation devient vite intenable. Les « maisons dites de retraite » n’existent quasiment plus dans leur acception des années 60 et donc le « médico » l’emporte partout sur le « social », rendant extrêmement complexe la prise en charge des personnes dépendantes ! La frontière devient poreuse, et sous les contraintes budgétaires, les conflits de tarification se multiplient avec, au bout, d’énormes difficultés pour les personnes désireuses d’entrer dans un établissement spécialisé. Retraites réduites en raison de carrières erratiques, familles mal en point socialement, logements inadaptés… les inconvénients s’accumulent très vite et souvent les fins de vie ne sont pas des plus « roses » ! L’EHPAD de Créon, reconnu parmi les plus performants de France (qualité du service rendu et prix de journée depuis 3 ans) a, par exemple, actuellement plus de 300 demandes d’admission en attente ! La dépendance est encore plus terrible moralement lorsqu’elle s’accompagne de ce sentiment douloureux d’abandon pour certains, ou de mettre en péril la cellule familiale pour d’autres. Plus la personne âgée (dont je suis d’ailleurs) a eu une vie professionnelle active et plus sa souffrance est insupportable. Michèle Delaunay était donc venue, le jour du premier jour du « repas des familles (plus de 200 participants) pour dialoguer très librement mais très profondément, avec toutes les catégories des personnels, pour découvrir les méthodes appliquées pour « ouvrir l’EHPAD sur le monde ».

D’abord, il est vite apparu que l’implication des élus locaux dans la vie de l’EHPAD est indipensable afin qu’il ne constitue plus un « îlot d’isolement » au sein d’un territoire. Le « pacte social citoyen et durable » créonnais intègre cette préoccupation avec de multiples convergences inter-générationnelles passant par l’intégration de l’établissement dans tous les rendez-vous populaires de la commune. Lentement se dissipe l’idée que l’on vit « reclus(e) » ou « coupé(e) de la cité » dans un EHPAD. La vie collective ne fait aucune différence entre les lieux ! Sport pour les collégiens dans le parc, départ du cortège de la Rosière, goûter du carnaval, ateliers mémoire, et création de jeux avec la ludothèque…. : par tous les moyens, la « maison de retraite » ne doit pas condamner ses résidents à une vie confinée aux animations internes. Ils doivent rester des… citoyens et ne pas être considérés comme des « consommateurs » de services. Toute la réussite de l’établissement public créonnais, déconnecté de la notion de profit, c’est que la totalité des gens qui y travaillent ou y résident ne sont pas réduits au statut de « clients » mais, dans la limite de leurs possibilités physiques ou intellectuelles, comme des « citoyens » ! Aussi présomptueuse que cette affirmation puisse paraître, elle est bel et bien réelle. Il n’y aura d’ailleurs aucun changement réel dans les prochaines années si on ne restitue pas fermement, profondément, constamment, la référence à un retour en force, dans tous les domaines, de la citoyenneté !

La ministre n’a donc trouvé face à elle aucune revendication quantitative de pure forme, mais des personnels de santé de toute la chaîne de solidarité arc-boutés sur trois principes : respecter scrupuleusement les personnes, tout mettre en œuvre pour développer leur autonomie, maintenir le lien social. Et en fait, il ressort de ces entretiens libres, informels, pluriels, au cours desquels personne ne prétend détenir la vérité « officielle » que de nouvelles formes de gouvernance (c’est un terme que je n’aime pas) doivent émerger très vite. Tout le monde en est d’accord : l’absurdité des ratios est déconnecté des projets ! Le personnel des services publics, à tous les niveaux, s’épuise moralement et physiquement dans cette quête d’une perfection citoyenne quand d’autres se contentent de prestations standardisées, surtout il perd confiance dans son investissement quand il constate que les « critères » ne tiennent pas compte de la « qualité » pour ne faire référence qu’à la « quantité ». L’humain s’estompe avec la notion de rentabilité et de rationalité. Pouvoir l’exprimer devant une ministre attentive, modeste, intéressée, prenant son temps, par de tels propos, constitue déjà un vrai bonheur, quand à d’autres niveaux on constate que la carapace technocratique assèche la responsabilité politique !

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Cet article a 3 commentaires

  1. suzanne marvin

    nous ne pouvons que saluer ce qui se fait à créon avec l’e.h.p.a.n……michèle delaunay est dans ce gourvernement la ministre la plus sincère…..nous avons de la chance de l’avoir à ce poste car nous savons qu’elle fera tout ce qui est possible pour avancer positivement dans ce domaine….. souhaitons qu’elle réussisse ……

  2. Cubitus

    Je me pose juste une question : pour améliorer la situation des maisons de retraite, où passe donc le produit de la journée solidarité instituée après la canicule de 2003 ? Peut-être à payer les 900 000 euros qu’ont coûté le séjour de 48 heures de M. Hollande et de ses 61 courtisans à New-York dernièrement pour son intervention à l’ONU (même s’il a coûté 100 000 euros de moins que sous le règne de Sarkozy). Pendant ce temps là, on se serre la ceinture et nos vieux ne trouvent pas de place en maison de retraite.

    Il y a d’ailleurs quelques années, les représentants des responsables de maisons de retraite s’étaient interrogés sur la destination réelle du produit de cette journée par l’organisme chargé de le collecter et s’étaient plaints qu’il n’en voyaient pas les retombées financières.

    De plus, si je me souviens bien, lorsqu’un gouvernement de droite a institué cette journée, le lundi de Pentecôte, plusieurs ténors de gauche sont montés au créneau pour dénoncer ce « cadeau au Médef » et clamer haut et fort que lorsqu’ils retrouveraient le pouvoir, cette journée serait à nouveau fériée. Perte de mémoire ou double langage ?

  3. Cubitus

    Je démontre :
    http://www.sudouest.fr/2012/05/28/ou-va-l-argent-de-la-journee-de-solidarite-726816-4688.php

    Extrait débats Assemblée Nationale du mardi 11 mai 2004 relatif au vote de la loi sur la journée de solidarité (source Légifrance)

    Mme Paulette Guinchard-Kunstler (conclusion) :
    « …Dans ces conditions, vous l’aurez compris, le groupe socialiste votera contre votre projet de loi. »

    Discussion du rapport (25 mars 2008) relatif à une modification de la loi sur la journée de solidarité. (source Légifrance)

    « Mme Michèle Delaunay a souligné le désaccord du groupe socialiste sur cette proposition de loi qui est entachée des mêmes défauts que la loi initiale. L’effort de solidarité demandé ne s’appliquera qu’aux seuls salariés et constitue donc un prélèvement inéquitable. La journée de solidarité représente un produit financier de deux milliards d’euros, à relativiser en comparaison des parachutes dorés dont bénéficient certains responsables patronaux et du bouclier fiscal dont le coût est estimé à la même somme. Avec la majorité, l’effort de solidarité est à géométrie variable et pèse toujours sur les salariés modestes.

    Cette proposition de loi semble satisfaisante par la souplesse d’application qu’elle met en œuvre, en fait il n’en est rien. En l’absence d’accord avec les partenaires sociaux, qui sera le décisionnaire pour déterminer le jour qui sera travaillé ? Cette décision reviendra-t-elle au chef de service, au chef d’établissement ou à l’agence régionale de l’hospitalisation pour prendre l’exemple de l’hôpital ?

    Ce dispositif méconnaît un principe fondamental du droit du travail selon lequel il ne peut y avoir d’activité professionnelle sans rémunération. Il contrevient aussi à la loi du 21 août 2007 en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat selon laquelle toute heure supplémentaire doit entraîner une majoration de rémunération. Ce dispositif pourrait se résumer par un slogan paradoxal : « travailler plus pour ne rien gagner ».

    L’effort financier demandé est particulièrement inéquitable car il repose essentiellement sur les salariés. Une contribution généralisée sur l’ensemble de la population aurait dû être instaurée, ce qui aurait permis en outre d’en réduire le montant.

    Enfin, cette journée de solidarité occulte la question de fond qui est celle de la mise en place d’un cinquième risque dans notre régime de protection sociale. La journée de solidarité représente une infime proportion de l’effort financier nécessaire pour parvenir à une prise en charge adéquate des personnes âgées et des personnes handicapées. L’Allemagne a aussi fait le constat de la nécessité de trouver de nouvelles sources de financement, la journée de solidarité étant dans ce pays également largement insuffisante pour couvrir les besoins. Il convient donc de s’interroger sur cette question urgente de la mise en place du cinquième risque pour financer la dépendance. »

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