Les donneurs de leçons nient les évidences

L’Assemblée nationale a voté mardi la confiance au gouvernement de Jean-Marc Ayrault puisque sur 544 votants et 527 suffrages exprimés, il y a eu 302 voix pour et 225 contre. Sans surprise, les députés PS, les écologistes d’EELV et les radicaux de gauche ont voté pour, tandis que ceux du Front de gauche se sont abstenus. Bien évidemment les élus UMP et UDI (Union des démocrates et indépendants) ont voté contre ce qui permet de mesurer de quel centre il s’agit ! «Le gouvernement ne peut pas avancer s’il ne dispose pas de la confiance de la majorité : vous l’avez exprimée nettement. Maintenant, nous avons notre feuille de route et ensemble, nous allons réussir !», a expliqué Jean-Marc Ayrault. Quelle arrogance dans ces propos : il ose gouverner, derrière les grand stratèges et les éminents gestionnaires que furent Fillon, Pècresse, Baroin, Guéant, Morano et consorts ! Cet homme là est forcément une nullité puisqu’il est… socialiste !

Toute son intervention n’a donc pas permis de bouger une Droite amnésique, agressive et revancharde. En fait, elle illustre parfaitement, dans l’enceinte du palais Bourbon ce qui émerge sur le terrain. Si l’UMP a perdu les élections c’est un résultat injuste, inhumain, et la résultante d’une campagne de dénigrement malsaine. Ses chefs avaient un bilan exceptionnellement bon, leur idole avait fait une campagne de grande qualité et eux avaient voté des réformes d’une exceptionnelle efficacité, donc ils sont victimes d’un odieux complot leur déniant les résultats de leur extraordinaire combat contre la crise. Bref, ils sont victime d’une « erreur judiciaire » du jury populaire, et les élus socialistes, EELV ou Front de Gauche n’ont aucune légitimité, puisqu’ils ne sont que les fruits de la bêtise du Peuple qui n’a rien compris aux bienfaits de la politique sarkozyste ! Ils ont donc vitupéré, vociféré, insulté, éructé, tant au Sénat qu’au palais Bourbon, pour déverser leur détresse d’avoir perdu ce pouvoir que leurs grandes qualités leur garantissaient à vie ! Dans le fond, ils n’hésitent pas un seul instant à prendre à leur compte le propos paraphrasé de Bertold Brecht : « Puisque le peuple a voté contre le Gouvernement, il faut dissoudre le peuple ». C’est effroyable de constater avec quel dédain les battus UMP des législatives considèrent leurs vainqueurs. Et le pire, c’est de constater que plus ils ont été largement battus et plus ils la ramènent pour démontrer aux électrices et aux électeurs qu’ils sont « beaux joueurs » ou « démocrates ».

Jean-Marc Ayrault à l’Assemblée ou Laurent Fabius au Palais du Luxembourg n’ont pas eu une minute de répit, avec un raz de marée de cette haine politique que l’on réserve aux usurpateurs. Bien évidemment, la situation actuelle n’a aucun lien avec les choix effectués durant presque dix ans par députés et sénateurs majoritaires. Valérie Pécresse n’a pas truqué le budget 2012 en dissimulant des dépenses et en surévaluant les recettes. Et ses admirateurs girondins ne tiennent pas un autre discours, en regrettant, par exemple, que l’excédent constaté en 2011 au Conseil général soit supérieur à celui de 2010… Il y voit la main du diable, alors que ce n’est que la résultante d’un gestion « rigoureuse », et l’UMP nie toutes les évidences, car un socialiste quel qu’il soit ne peut pas être « prévoyant », « rigoureux » et « prévoyant ». Eux l’ont été depuis 2007 en matière de dette, de chômage, de déficit, de destruction des services publics et il faudrait que la Gauche s’incline devant autant de talent !

Deux extraordinaires bienfaiteurs de la France ont d’ailleurs conforté ce sentiment qu’ils avaient tout réussi et que la catastrophe dans laquelle, bien évidemment, ils n’ont aucune responsabilité, allait s’accentuer. L’ineffable secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé, a déploré « un discours très long » et « truffé d’incantations ». « Beaucoup de grandes phrases et pas beaucoup de courage politique», a-t-il déclaré, se disant «très déçu» et «extrêmement préoccupé par ce qu'(il) vien(t) d’entendre». Xavier Bertrand dont on a apprécié l’efficacité en matière d’emploi a, de son côté, mis en garde contre le programme proposé par Jean-Marc Ayrault. « Je pense sincèrement que, s’il est appliqué, on va vers un affaiblissement de notre pays et des destructions d’emplois massives », a expliqué l’ancien ministre du… travail. Pour son ancienne collègue du gouvernement Valérie Précresse, le premier ministre socialiste « est dans le déni des réalités ». «Il n’a rien annoncé de concret pour créer des emplois et réduire les dépenses», a souligné celle qui a passé son temps à tripatouiller les chiffres pour faire, il y a moins de trois mois, des annonces insincères et fausses !

Un peu plus tard, c’était au tour de l’ex-premier ministre, François Fillon, d’exprimer son inquiétude sur le programme énoncé par son successeur à Matignon. Lui, avait annoncé avoir trouvé la France en situation de « faillite » dès 2007. C’est un expert qui s’exprime quand il crache : « On a assisté en direct cet après-midi à l’annonce d’une catastrophe économique et sociale à venir », a déclaré le député UMP qui a demandé l’asile politique à Paris. Et d’insister: « On est en France et en Europe dans une situation économique déjà extrêmement fragile, on est sur une pente glissante, et c’est le moment que le gouvernement choisit pour, grosso modo, ne pas baisser la dépense publique ». Et c’est là qu’il faudrait lui demander ce qu’il pense de l’efficacité de cette politique, de ce saccage, portés par des mesures entêtées en Grèce. On s’attend à une récession pire que prévu en 2012, avec un recul attendu de 6,7% du PIB contre -4,5% prévu par la banque de Grèce il y a deux mois, et -2,8% voté initialement dans le budget de l’État. Le chômage en Grèce a atteint 22% en mars. La Banque de Grèce avait déjà prévu en avril l’aggravation de la récession, estimant que le Produit intérieur brut chuterait de « près de 5% » en 2012, soit plus que les estimations initiales (près de 3%), après un recul de 11% sur les deux dernières années. La Grèce connait sa cinquième année consécutive de récession : un quinquennat ! A méditer !

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Cette publication a un commentaire

  1. Nadine Bompart

    Entièrement d’accord avec vous!!!!!
    Sauf sur un point: je ne considère pas Hollande et Ayrault comme des Socialistes, mais comme des Sociaux – Démocrates.
    Un « vrai » Socialiste n’entérinerait jamais le pacte Merckosy!!!!
    http://www.audit-citoyen.org Voilà ce qu’il faudrait faire pour mener une vraie politique sociale et démocratique…

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